Climat : qu’attendons-nous pour agir ?

La ville ivoirienne de Grand-Lahlou, située à l'embouchure du fleuve Bandama, est menacée par les flots du golfe de Guinée. (Ici, le 15 octobre.) © ISSOUF SANOGO /AFP

Du 30 novembre au 11 décembre, les pays du monde entier se réunissent à Paris pour faire face au dérèglement climatique. Reste à savoir s'ils sauront dépasser le stade des bonnes intentions.

La lutte contre le réchauffement climatique et, plus largement, la préservation de l’environnement, c’est un peu l’histoire du fumeur : il sait que c’est nocif, voire mortel, que continuer est suicidaire, mais l’issue et les effets négatifs promis semblent lointains, alors il procrastine…

La crise actuelle a pourtant été anticipée par les scientifiques dès les années 1970. Une étude remarquable du géochimiste américain de l’université de Columbia Wallace Broecker, publiée en 1975, prévoit un « réchauffement climatique » – le terme a été inventé à cette occasion – imminent et, mieux encore, décrit l’impact des activités humaines sur l’atmosphère et estime la concentration de CO2 dans le temps. Un véritable bulletin de santé prévisionnel de la planète qui, hélas, s’est vérifié.

Le développement durable, la promesse d’un monde plus juste

Chercheurs internationaux et experts, à l’exception de quelques « climatosceptiques » sourds et aveugles, sont quasiment tous d’accord : la limite de concentration de CO2 au-delà de laquelle nous risquons des bouleversements majeurs (canicules, inondations, fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, acidification des océans, etc.) a été franchie autour de… 1990. Ce n’est plus de l’inconscience, c’est un crime. Qu’attendons-nous alors ?

Nous pourrions aussi profiter de cette crise pour créer une vie meilleure pour tous, un avenir plus durable, plus prospère et plus juste socialement

Le pire, c’est que nous sommes en train de laisser passer une immense opportunité et de rater une aventure exaltante. Éviter la catastrophe devrait déjà suffire à nous motiver. Mais nous pourrions aussi profiter de cette crise pour créer une vie meilleure pour tous, un avenir plus durable, plus prospère et plus juste socialement. Ce que résume parfaitement l’économiste britannique Nicholas Stern, spécialiste de la question, par une formule qui décrit ce que nous pourrions accomplir : « better growth, better climate, better world » (« une meilleure croissance, un meilleur climat, un monde meilleur »).

Nous savons ce qu’il convient de faire et comment. Investir et prévoir. Agir sur nos villes (existantes ou futures) pour les rendre plus propres, plus productives et plus modernes, sur les énergies (moins de fossiles et plus de renouvelables) et, enfin, sur les terres et les forêts, à préserver à tout prix. Partout dans le monde, les bonnes décisions peuvent avoir des effets rapides et efficaces. Les exemples concluants sont légion.

L’Inde, grâce à l’énergie solaire, va apporter d’ici à cinq ans l’électricité à plus de 400 millions de personnes qui en sont aujourd’hui privées

La Californie s’est lancée dans un programme drastique d’énergies renouvelables. En 2020, elle retrouvera un niveau d’émission de gaz à effet de serre proche de celui de 1990, mais son économie aura doublé. L’Éthiopie connaît une croissance soutenue mais un bilan carbone neutre. Le Brésil a réduit son taux de déforestation de 70 % en dix ans. L’Inde, grâce à l’énergie solaire, va apporter d’ici à cinq ans l’électricité à plus de 400 millions de personnes qui en sont aujourd’hui privées.

Il est démontré que l’on peut réduire nos émissions de CO2 sans mettre à terre les pays développés ni hypothéquer les aspirations de ceux qui ne le sont pas encore. Nous pouvons faire des cent prochaines années les meilleures ou les pires de l’Histoire. Une question, une seule, pour nous aider à faire le bon choix : allons-nous regarder nos enfants ou nos petits-enfants dans les yeux et leur dire que nous savions, mais que nous n’avons rien fait ?