Cop21 : diplomatie climatique et realpolitik à la française

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avec le président sud-africain, Jacob Zuma (au centre), à Pretoria, le 21 novembre. © STEFAN HEUNIS/AFP

Pour faire de cette grand-messe sur le climat un vrai succès, la France n'a pas ménagé sa peine, allant jusqu'à dépêcher ses experts dans toute l'Afrique.

C ‘est un carton plein ou presque. Même la Centrafrique, enlisée dans une guerre civile depuis bientôt trois ans, a pris le temps de remettre son « Intended Nationally Determined Contribution » (INDC), précieux document de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et si bien des pays (Sénégal, Éthiopie, Gabon…) prennent au sérieux le réchauffement climatique au plus haut niveau de l’État, d’autres – le Burundi par exemple – n’ont-ils pas d’autres chats à fouetter ?

Pourtant, 51 des 54 États africains ont joué le jeu. Aux grandes ambitions les grandes manœuvres. « François Hollande voulait toute l’Afrique derrière lui pour un accord historique. Il a tout mis en œuvre pour ça », confie une source bien informée souhaitant garder l’anonymat. Toutes les ficelles diplomatiques ont été tirées pendant plus d’un an pour faire de cette COP21 la grande réussite du président français.

Les tournées africaines des dirigeants français

« J’ai pas mal fait l’Afrique depuis un an et demi ! » confie Annick Girardin avec un sourire. La secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie a de fait foulé le sol de quelque 23 pays entre avril 2014 et ce mois de novembre. Un seul thème : la COP21. Elle en a visité un certain nombre avec le président Hollande ou avec Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, dont elle dépend. Mais pas tous, loin de là.

C’est elle, par exemple, qui le 9 février, au lendemain de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, est allée prêcher la bonne parole auprès du président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Elle tenait ainsi une promesse de François Hollande faite en marge du sommet de l’ONU sur le climat en septembre 2015, alors qu’aucun officiel français ne s’était déplacé à Malabo depuis cinq ans. Les bisbilles juridico-diplomatiques peuvent attendre, pas le climat… Obiang Nguema sera à Paris malgré l’affaire des « biens mal acquis » qui empoisonne les relations bilatérales. Ségolène Royal a elle aussi été mise à contribution. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie s’est ainsi rendue en Namibie, en Zambie, au Botswana et au Ghana en août. Des pays où aucun membre de gouvernement français ne s’était montré depuis des lustres.

Depuis janvier, la pression s’est de fait accentuée. François Hollande, Laurent Fabius et Annick Girardin s’échinent à obtenir ces fameux INDC et la venue à Paris du plus grand nombre possible de présidents africains. Avec un certain succès, puisqu’une quarantaine d’entre eux ont confirmé leur participation. Quant aux engagements, seuls l’Angola, le Nigeria et la Libye n’ont rien déposé. François Hollande a lui-même œuvré auprès du président nigérian, Muhammadu Buhari, lors d’un déjeuner le 27 septembre, en marge de la 70e Assemblée générale de l’ONU à New York… mais rien n’y a fait. Il a également donné de sa personne le 12 novembre, lors d’un petit déjeuner à La Valette (Malte) à l’occasion du sommet sur la migration, en présence de neuf chefs d’État d’Afrique francophone et d’Afrique lusophone.

Autre émissaire inattendu : Stéphane Gompertz, ancien directeur Afrique au ministère des Affaires étrangères (de 2010 à 2012), sorti de sa retraite à la demande de Laurent Fabius pour devenir « ambassadeur climat itinérant pour l’Afrique, l’océan Indien et le Moyen-Orient ». Pendant six mois, il a sillonné le continent. Sa mission : aller partout, même dans les pays avec lesquels la France est en froid. En juin, il s’est rendu au Zimbabwe. En septembre, il s’est arrêté au Rwanda. Dans ces deux pays, il a été reçu par le ministre de l’Environnement. Les ambassades, bien sûr, ont toutes été mises à contribution. Comme au Soudan, où des « ateliers climat » ont vu le jour.

L’Angola, seule exception

Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient, dit l’adage. Conscient du manque d’expertise du continent dans la production de documents stratégiques complexes, le Quai d’Orsay a lancé la Facilité française d’appui technique au développement des contributions nationales. Pilotées par l’agence Expertise France, financées par l’Agence française du développement, des équipes d’experts hexagonaux se sont rendues dans 24 pays africains, selon la liste que s’est procurée Jeune Afrique. L’ensemble des pays francophones y a eu recours.

Le cafouillage autour du référendum constitutionnel congolais ? Sans doute une volonté de ne pas froisser son invité à la COP21, le président Denis Sassou Nguesso

D’autres, avec lesquels la France est en délicatesse, les ont aussi accueillies. C’est le cas du Zimbabwe – Robert Mugabe a même fait le déplacement à Paris. L’Angola serait la seule déception. Le pays dirigé par José Eduardo dos Santos a bien bénéficié du programme mais n’avait toujours pas déposé sa contribution au moment où J.A. mettait sous presse.

Il n’y a guère qu’en Libye et en Somalie que la France n’est pas intervenue. Ainsi vont les relations diplomatiques à l’heure des grand-messes internationales. Le cafouillage autour du référendum constitutionnel congolais ? Sans doute une volonté de ne pas froisser son invité à la COP21, le président Denis Sassou Nguesso. Qu’importe. Le péril climatique ne mérite-t-il pas quelques entorses à l’éthique et une bonne dose de realpolitik ? Si, diraient certainement les climatologues qui voient le thermomètre grimper inexorablement malgré les promesses.