Démocratie et développement : « The Africa Report » fait le point à Accra

La Fondation Mo Ibrahim coorganisait l'événement. Son président (3e en partant de la dr.) a participé aux discussions. © Francis Kokoroko pour The Africa Report

La démocratie fait-elle parfois obstacle au développement ? La question, volontairement polémique, était au centre des rencontres organisées par le mensuel anglophone du groupe "Jeune Afrique", le 20 novembre, à Accra.

«La démocratie ne sera jamais un système parfait parce que les gens seront toujours des êtres imparfaits, a insisté John Dramani Mahama. Mais le problème avec les dictatures, c’est que vous n’avez pas le choix du dictateur. » C’est le président ghanéen qui a ouvert les débats proposés le 20 novembre à l’hôtel Mövenpick d’Accra par le magazine The Africa Report (groupe Jeune Afrique), en partenariat avec la Fondation Mo Ibrahim. Dans son discours inaugural, il s’est plu à rappeler qu’il avait lui-même connu les rigueurs d’une junte militaire, quand il était jeune, et que son propre frère avait été battu sous ses yeux.

Quelle doit être la priorité ? La démocratie ou le développement ? C’est la grande question autour de laquelle étaient centrées les discussions, sachant que si l’Afrique veut fournir un emploi aux 300 millions de jeunes qui vont rejoindre le marché du travail ces quinze prochaines années, elle va devoir se lancer dans un véritable sprint économique. Ce n’est pas un hasard si, comme l’a souligné Mahama, nombre de pays asiatiques ont eu « des gouvernements autoritaires, en mesure de prendre des décisions rapides et d’apporter un changement immédiat ou une croissance sans précédent ».

En cherchant à se doter d’un Lee Kuan Yew (ancien Premier ministre de Singapour), les pays africains ne risquent-ils pas de se retrouver avec un Vladimir Poutine ?

Qu’en conclure ? Que le continent doit regarder ce que font des pays comme le Rwanda ou l’Éthiopie, où la croissance économique a été préférée au pluralisme politique ? Une chose est sûre : les performances enregistrées par Kigali ou Addis-Abeba en matière de croissance, d’éducation ou de santé maternelle sont difficilement contestables. Mais en cherchant à se doter d’un Lee Kuan Yew (ancien Premier ministre de Singapour), les pays africains ne risquent-ils pas de se retrouver avec un Vladimir Poutine ?

Pressions dangereuses

Sur le terrain, le pragmatisme l’emporte souvent. Une étude menée par GeoPoll et The Africa Report au Ghana, en Afrique du Sud, en Ouganda et au Cameroun montre que seules 31 % des personnes interrogées souhaitent que priorité soit donnée à la démocratie ; 67 % veulent avant tout plus de développement.

Quand un chef d’État peut procéder à 4 000 nominations, il y a forcément de la place pour la corruption et pour des choix partisans.

L’ancien ministre et responsable syndical sud-africain Jay Naidoo a par ailleurs insisté sur le fait que l’argent et le pouvoir induisent une pression dangereuse pour la démocratie, en conduisant à la mise en place d’une « démokrature » – un système où la démocratie n’est que de façade, et où il n’y a pas de véritable représentation populaire.

À Accra, les panélistes ont convenu que tout reposait sur la qualité des démocraties en question, et proposé des pistes concrètes de réforme. Franklin Cudjoe, à la tête du think tank ghanéen Imani, a souligné les risques que comportent les présidences toutes-puissantes : quand un chef d’État peut procéder à 4 000 nominations, il y a forcément de la place pour la corruption et pour des choix partisans. Et c’est Adnahom Tedros, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, qui a conclu, tout en affirmant qu’Addis-Abeba était engagé en faveur du développement aussi bien que de la démocratie : « Sans démocratie, le pain a un goût amer. Sans pain, la démocratie est fragile. »

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