Airtel songe-t-il à quitter l’Afrique ?

Vue d'une campagne d'affiches d'Airtel à Nairobi. © Sayyid Azim/AP/SIPA

Si l'opérateur indien vend quatre de ses filiales sur le continent, c'est, dit-il, pour se renforcer dans d'autres pays et réduire sa dette. Mais certains analystes le voient plier bagage…

L ‘ aventure africaine d’Airtel serait-elle en train de tourner court ? Le 20 juillet, dans un communiqué, Orange et Airtel indiquaient être entrés en négociation pour la vente de quatre filiales du groupe indien sur le continent : au Burkina Faso, au Congo, en Sierra Leone et au Tchad. Des pays où l’opérateur français n’est pas encore présent. « Ces discussions n’aboutiront pas forcément », avaient précisé les parties. En effet, quatre mois après, aucun accord n’a été conclu.

Mais, dès cette annonce, les rumeurs sont allées bon train. Le groupe de Sunil Mittal chercherait à se désengager progressivement de l’Afrique. « Nous n’avons aucunement l’intention de nous retirer », a très vite répondu l’opérateur à l’agence Reuters. L’objectif de cette vente serait notamment de se renforcer dans d’autres pays du continent. Comme pour anticiper les critiques, Airtel avait annoncé début juillet un plan d’investissement de 19 milliards de shillings (environ 168 millions d’euros) sur trois ans, au Kenya. Mais, malgré les démentis du groupe, les doutes demeurent. « Si la vente des actifs à Orange aboutit, il n’est pas exclu que nous assistions dans un second temps à d’autres opérations », estime un analyste qui préfère conserver l’anonymat. « Si quelqu’un vient avec une belle offre, même si c’est peu probable, ils sauteront sur l’occasion », confirme Guy Zibi, directeur général de Xalam Analytics.

Un des plus importants opérateur mondial

Présent dans 17 pays sur le continent, Airtel est devenu cette année le troisième plus important opérateur mondial en nombre de clients. Si le groupe affiche des résultats honorables, il le doit à son marché domestique, l’Inde, où il rassemble 25 % des abonnés. « La 3G et la 4G y recèlent un potentiel beaucoup plus important que dans n’importe quel pays africain, indique Guy Zibi. Mais les investissements pour déployer le réseau et acheter les fréquences y sont substantiels. » D’autant que la dette d’Airtel est très lourde : près de 10,76 milliards de dollars (environ 9,57 milliards d’euros).

Le groupe indien ne veut pas brader ses actifs et entend maximiser la valeur de sa vente sans que cela n’impacte la stratégie du groupe

Elle est d’ailleurs largement due à l’achat des filiales africaines pour 10,7 milliards de dollars en 2010 – un prix que les analystes avaient d’ailleurs jugé trop élevé. C’est pour réduire son montant qu’Airtel a choisi de se séparer de quatre filiales africaines. « Ce sont de bonnes opérations, analyse Guy Zibi. Leur chiffre d’affaires est important, l’Ebitda solide. Airtel est soit leader, soit un très fort numéro deux dans ces pays. » En clair, le groupe indien ne veut pas brader ses actifs et entend maximiser la valeur de sa vente sans que cela n’impacte la stratégie du groupe.

Une rentabilité difficile

Airtel est l’un des principaux acteurs du continent mais aussi l’un des moins rentables. « Dans le contexte actuel, 17 pays, c’est beaucoup, poursuit Guy Zibi. Ils doivent donc concentrer leurs efforts sur les canaux à fort potentiel, c’est-à-dire les pays qui forment leur noyau dur tels que le Nigeria et la RD Congo, et peut-être pousser de manière plus agressive vers le secteur des entreprises ou des applications numériques. »

Pour se désendetter, le groupe ne se contente pas de mettre en vente des filiales. En 2014, il avait annoncé sa décision de céder ses tours télécoms. Ces opérations, réalisées dans cinq pays (Nigeria, Rwanda, Ouganda, Ghana, Congo), lui ont rapporté 1,3 milliard de dollars.

Ils sont arrivés avec leurs gros sabots indiens, et ça ne leur a pas permis de gagner des parts de marché, se souvient un analyste

Si Airtel a du mal à se remettre de son achat initial sur le continent, il échoue surtout à reproduire la stratégie qui a fait son succès en Inde, basée sur une très forte externalisation, lui permettant d’offrir des prix de communication très bas. « Ils sont arrivés avec leurs gros sabots indiens. Ils ont fait des annonces tonitruantes. Ils ont cassé les prix dans beaucoup de pays. Mais les autres opérateurs se sont alignés, et ça ne leur a pas permis de gagner des parts de marché », se souvient un analyste. Aujourd’hui, ils perdent de l’argent dans la plupart des pays. « Au départ, le postulat, c’était que la croissance des profits en Afrique permettrait de réduire sa dette, mais les niveaux de profitabilité actuels rendent cette équation difficile », détaille Guy Zibi.

L’arrivée du nouveau PDG Afrique, Christian de Faria, en 2014 a marqué un tournant dans la stratégie du groupe. Après ces réorientations, ce dernier est confiant : « Airtel est déjà premier dans dix pays, avait-il déclaré à J.A. en janvier. Et sur les autres marchés comme le Kenya et le Nigeria, nous devons être plus agressifs, plus proches des consommateurs, davantage présents sur le champ social et celui de l’innovation (…). Si on considère les possibilités de développement d’internet, de la banque mobile, je ne suis pas inquiet pour l’avenir. » Un avenir dont l’Afrique semble toujours faire partie.


 

Cap sur la data

Depuis son arrivée début 2014, Christian de Faria, ancien directeur commercial et membre du comité exécutif du sud-africain MTN, mise beaucoup sur le développement d’internet. Afin de mieux gérer l’explosion du trafic, l’opérateur indien a signé fin septembre un accord avec Liquid Telecom qui permet à Airtel d’exploiter un réseau en fibre optique de 20 000 km déployé à travers l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale.

En septembre, la consommation de données représentait environ 13,5 % des revenus africains du groupe indien. Pour compenser la baisse des marges générées par la téléphonie stricto sensu, le groupe parie aussi sur les solutions d’argent mobile et revendique 8,4 millions de clients. Entre juin et septembre, 3,76 milliards de dollars ont été échangés via Airtel Money selon le groupe indien.