Exposition : obscures « Lumières d’Afriques »

Le hall du théâtre national de Chaillot à Paris © AFP

Ambitieuse mais mal ficelée, une exposition parisienne, regroupant 54 artistes issus d'autant de pays africains, a tenté d'alerter sur les problèmes d'accès à l'énergie sur le continent. Elle sera visible en Afrique en 2016.

Sur le papier, l’idée avait tout pour plaire. Le projet ? Accrocher dans une même exposition les œuvres de 54 artistes « de renommée mondiale » – un pour chaque État africain – et les faire plancher sur un même sujet, l’accès à l’énergie. On se dit qu’il y a là matière à phosphorer et à créer dans un continent où près de 621 millions d’habitants n’ont pas accès à l’électricité. Le lieu sélectionné pour l’exposition « Lumières d’Afriques » qui s’est tenue du 4 au 24 novembre au Théâtre national de Chaillot, à Paris, avait du sens. La capitale française accueille du 29 novembre au 11 décembre la conférence sur le climat, et les problèmes énergétiques sont évidemment liés à la question du réchauffement de la planète.

Globalement, les interventions sont trop éloignées et trop inégales pour que l’ensemble soit cohérent

Pourtant, dès l’entrée de l’exposition, qui nous fait fouler une immense carte de l’Afrique (étonnante maladresse), de gros doutes apparaissent. Le vaste hall du théâtre a été compartimenté à l’aide de cloisons de couleur et les pièces regroupées sont loin de se répondre entre elles. Et pour cause : les artistes n’ont pas travaillé sur le même sujet. Dans l’œuvre de la Gabonaise Nathalie Mba Bikoro, par exemple, la lumière est simplement celle qui éclaire une de ses photos posée sur une light box. Mais le sujet, un homme qui se coud sur le bras une étoile dans un tissu au motif africain, paraît bien éloigné des questions énergétiques. Plus loin, une photo du Burkinabè Nyaba Leon Ouedraogo montre simplement trois garçons de dos devant des jeux vidéo. Le rapport au thème est plutôt léger. Bien sûr d’autres créations sont plus pertinentes, comme cette mappemonde imaginée par le Béninois Aston où l’Afrique, cernée de fils jaunes, semble devoir rayonner sur la planète… Mais, globalement, les interventions sont trop éloignées et trop inégales pour que l’ensemble soit cohérent.

De fait, au regard de l’éclectisme foutraque du résultat, on se demande même s’il était justifié de réunir pour la première fois 54 artistes venus d’autant de pays d’Afrique sur ce sujet. Le Sud-Africain Athi Patra Ruga, gay revendiqué, fait défiler de jeunes éphèbes en talons recouverts de ballons (éclairés par des LED pour l’occasion) dans une démarche ultra-sophistiquée. Pourquoi pas, mais comment rapprocher son œuvre de la céramique brute de Thakane Lerotholi, venue du Lesotho ?

Les motivations même de l’exposition posent question. « L’idée m’est venue lors de mes nombreux trajets dans l’avion, raconte Gervanne Leridon, collectionneuse d’art contemporain africain depuis plus de quinze ans et coprésidente d’AAD (African Artists for Development), à l’origine de l’accrochage. Je survolais de grandes capitales qui, de nuit, restaient plongées dans le noir. Je voulais donner la parole aux artistes sur ce problème. » L’histoire est belle, mais peut-être incomplète.

L’exposition devrait passer par Abidjan début 2016, puis à Dakar et à Johannesburg

Le 3 novembre, veille de l’ouverture de l’exposition, Jean-Louis Borloo, président de la Fondation Énergies pour l’Afrique, recevait une trentaine de membres du Parlement panafricain. L’accrochage parisien, organisé « en quelques mois seulement », selon Gervanne Leridon, garantit à l’opération un plus fort retentissement à moindre coût puisque les artistes ont fait don de leur œuvre contre 3 000 euros (2 000 euros pour la production et 1 000 euros pour les droits). On assure du côté de l’exposition que le chevauchement des deux événements est un hasard complet… ce dont on peut douter, l’ancien ministre français faisant partie du comité d’organisation de « Lumières d’Afriques ».

Quoi qu’il en soit, certains Africains pourront juger sur pièce de la pertinence du projet, puisque l’exposition devrait passer par Abidjan début 2016, puis à Dakar et à Johannesburg (avant de filer vers Londres et Washington). L’initiative a au moins le mérite de mettre en pleine lumière les artistes africains sur leur continent.