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"Cet article est issu du dossier" «Djibouti : quel avenir ?»

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Djibouti : les raisons d’espérer

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Naguib Ali Taher est conseiller à la présidence djiboutienne.

Ismaïl Omar Guelleh © Richard Drew/AP/SIPA

Le 27 juin 1977, lorsque Djibouti, le dernier confetti de l'empire français, parvient à s'extraire du joug colonial, ils ne sont pas légion ceux qui croient à la viabilité de sa souveraineté.

Même la France de Giscard, généreuse sur la forme, a pris soin de « verrouiller » l’accès à cette dernière grâce à la garantie apportée par les pays arabes et au maintien d’une base militaire de quelque 4 500 personnes. La crainte du moment concerne bien sûr les poussées de fièvre irrédentiste des voisins de la nouvelle nation, l’Éthiopie et la Somalie. Mais aussi la peur que ce petit territoire, vigie de la mer Rouge et du détroit de Bab El Mandeb, ne bascule dans le camp communiste et ne rompe l’équilibre issu de la guerre froide.

Trente-huit ans après, les Cassandre qui attendaient que le pays cède à la convoitise de ses deux grands voisins ont perdu leur pari. La faute sans doute à une population qui a su préférer la quête et la construction de sa propre identité aux sirènes des affinités limitrophes.

À chaque étape, la jeune nation a dû faire preuve de persévérance pour que l’essentiel – la survie du pays – ne puisse être remis en question

Mais que ce fut dur ! Il a fallu traverser une guerre civile, une récession économique, un ajustement structurel… À chaque étape, la jeune nation a dû faire preuve de persévérance pour que l’essentiel – la survie du pays – ne puisse être remis en question. Ses responsables ont également dû se montrer clairvoyants pour que le pessimisme ambiant ne taraude la conscience nationale et ne bouche l’horizon.

Dans les années 1990, l’incurie de l’État est telle que les Djiboutiens nagent dans l’incertitude quant à leur avenir. Une sorte de mal-être aux conséquences désastreuses ronge leur psyché. Même si l’État a évité la déflagration qui a emporté les régimes du Derg en Éthiopie et de Siad Barré en Somalie, la situation reste tendue et la présidentielle de 1999 se déroule dans un climat de tension sociale et politique, sur fond d’une crise économique sans précédent.

Le mérite du nouveau chef de l’État est d’identifier rapidement les facteurs d’inertie et de blocage pour proposer un nouveau projet de société

Le deuxième président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, prend alors les rênes d’un pays au bord du gouffre. La tâche s’avère compliquée. L’État-providence, premier pourvoyeur d’emplois, fait illusion. Le mérite du nouveau chef de l’État est d’identifier rapidement les facteurs d’inertie et de blocage pour proposer un nouveau projet de société.

Fini le système éducatif élitiste hérité de l’époque coloniale, place à l’éducation pour tous. L’État investit enfin dans les ressources humaines, en quantité et en qualité. Il est loin le temps ou un lycée pouvait suffire pour l’ensemble de la République ! Fini aussi le système traditionnel et coutumier qui enfermait la femme dans un rôle mineur et subalterne. Le nouveau projet de société favorise l’insertion socio-économique et politique de la Djiboutienne. Et le nouveau code de la famille consacre ce processus d’émancipation.

Fini, enfin, le mirage de l’État-providence, la gestion jacobine de l’État-centralisateur et le monopole du parti unique. Des réformes institutionnelles et démocratiques d’envergure consacrent le multipartisme, amorcent la décentralisation et créent les conditions d’une dynamique économique sans précédent. Le pays réussit à capitaliser sur sa position géostratégique et lance de grands travaux d’infrastructures.

Résultat : la croissance avoisine aujourd’hui les 6 % et les Djiboutiens traversent une période d’optimisme. Ils rêvent que cette embellie se répercute sur leurs conditions d’existence. Ils se projettent à nouveau dans l’avenir, et espèrent intégrer, à moyen terme, le club très convoité des pays émergents.