Gao, Kidal et Tombouctou, parents pauvres du développement au Mali

Les régions de Kidal, Gao et Tombouctou abritent seulement 8 % de la population mais couvrent 66 % du territoire national. © Kambou Sia/AFP

Gao, Kidal, Tombouctou : trois régions à la traîne, qu'il est urgent de sortir du dénuement. En tirant le meilleur parti de leurs ressources naturelles et en les désenclavant.

Ministères, bailleurs de fonds et ONG sont unanimes : la paix et donc le développement du Mali dépendent de l’évolution de trois régions : Gao, Kidal et Tombouctou, qui couvrent 66 % du territoire national, mais abritent seulement 8,8 % de la population (1,5 million d’habitants sur 16 millions).

Sauf catastrophe, l’économie devrait continuer de croître au rythme de 5 % par an. C’est honorable. Tout le problème consiste à diffuser cette croissance vers ce septentrion d’autant plus oublié du pouvoir central qu’il est loin d’être stabilisé militairement et politiquement.

Pourtant, l’argent ne manque pas, comme le prouvent les annonces faites lors de la conférence qui s’est tenue, le 22 octobre, au siège parisien de l’OCDE : les bailleurs de fonds ont promis 3,2 milliards d’euros, la France s’engageant à hauteur de 360 millions.

Le phosphate, le calcaire et le manganèse synonymes d’espoir pour la région

Plus de 600 millions d’euros seront affectés au développement des régions du Nord. Car l’urgence, comme le résume Laurent Bossard, directeur du Club du Sahel de l’OCDE, est « de tirer la population du désespoir et de lui redonner de la fierté, ce qui suppose de trouver un rôle à ce gigantesque espace ». Un objectif sur lequel s’est penché le secrétariat du Club du Sahel dans son rapport.

Contrairement aux fantasmes locaux, ce n’est ni l’or, ni le pétrole, ni l’uranium qui sortiront le septentrion de la misère

« Les régions maliennes de Gao, Kidal et Tombouctou : perspectives nationales et régionales », publié le 22 octobre en réponse à l’article 31 de l’accord d’Alger, qui préconise l’élaboration de stratégies de développement adaptées aux réalités socio-économiques et culturelles locales. Le document recense trois secteurs dans lesquels cette stratégie pourrait être mise en œuvre : le sous-sol, le commerce transsaharien et la boucle du Niger.

Contrairement aux fantasmes locaux, ce n’est ni l’or, ni le pétrole, ni l’uranium qui sortiront le septentrion de la misère. « On peut rêver de bonnes surprises », lit-on dans le rapport, mais les perspectives les plus encourageantes reposent sur le phosphate, le calcaire et le manganèse.

Le phosphate est présent à Tilemsi (cercle de Bourem, dans la région de Gao), où des Canadiens l’exploitent à petite échelle. Une véritable industrie des engrais pourrait naître de ce gisement gigantesque (plusieurs dizaines de millions de tonnes) et aider les sols maliens à retrouver leur fertilité.

J.A.

Premiers signes de reprise ... © J.A.

Le calcaire est, lui, présent dans un gisement de 45 millions de tonnes situé dans le Gourma, à cheval entre les régions de Tombouctou et de Mopti. La chaux qui en serait extraite permettrait à l’Afrique de l’Ouest de réduire ses importations, estimées à 250 000 tonnes par an.

Le manganèse a été découvert près d’Ansongo, non loin des frontières burkinabè et nigérienne. Dix millions de tonnes, que voudrait exploiter une entreprise australienne et qui pourraient être exportées après transformation via la future ligne de chemin de fer Dori-Ouagadougou.

Des projets prometteurs à l’arrêt

Contrairement à une idée reçue, le Nord n’est pas un cul-de-sac. Certes, aujourd’hui le commerce légal y est inexistant. Mais il serait possible de jouer sur la complémentarité avec l’Algérie. Un exemple ? Le Mali dispose d’un cheptel de 12 millions de bovins, alors que son voisin importe massivement sa viande du Brésil, de France et d’Inde.

« Le potentiel de coopération entre les deux rives du Sahara est très important et dépasse la seule sphère alimentaire [sic] », souligne le rapport, qui propose de mener « une réflexion prospective ».

Le document appelle enfin à « une grande ambition pour le fleuve », car la pression démographique (80 % de la population du septentrion réside à proximité du Niger), l’ensablement du cours d’eau, la faible irrigation et l’enclavement dû au manque de routes empêchent l’agriculture, la pisciculture et l’élevage de s’y développer, mettant la population à la merci des aléas climatiques.

Le barrage de Taoussa dispose des crédits nécessaires à sa construction, cruciale pour toute la région. Son chantier est à l’arrêt, par manque de sécurité

Ces projections séduisantes ne peuvent faire oublier que les travaux de la route Niono-Goma-Coura-Tombouctou, essentielle pour relier le nord et le sud du pays, n’avancent pas. Les fonds sont débloqués, les engins sont là. Pas les conditions minimales de sécurité.

De même, à 130 km de Gao, le barrage de Taoussa dispose des crédits nécessaires à sa construction, cruciale pour toute la région. Son chantier est à l’arrêt, par manque de sécurité, là encore. Deux cents projets seraient ainsi en panne en raison des risques encourus par les ouvriers. Certes, le développement renforce la sécurité, mais la sécurité précède le développement. Si Kidal n’est pas à nouveau électrifiée, si les liaisons routières Nord-Sud ne sont pas améliorées, l’accord de paix d’Alger pourrait ne plus être crédible aux yeux de la population du septentrion et devenir caduc.

 


 

Quand gouvernance rime avec confiance

La forte croissance qu’a connue le Mali en 2014 (7,2 %) s’explique par un phénomène classique de rattrapage après des mois de crise et par le retour de l’aide internationale. Celle qui s’annonce pour 2015 (4,9 %, selon le FMI) est davantage conforme à la réalité économique du pays.

Malgré cette apparente dégradation et la faiblesse des cours de l’or et du coton, principaux produits d’exportation du Mali, la conjoncture s’améliore. Les récoltes sont bonnes. La forte baisse du prix du pétrole a permis de doubler la taxe sur les carburants depuis 2013 – sans que cela suscite de fièvre populaire – et de limiter la croissance du déficit budgétaire.

Autre bonne nouvelle : entre le gouvernement et les bailleurs de fonds, la confiance est rétablie. L’achat d’un avion présidentiel et l’extravagant contrat de fournitures militaires ne sont plus qu’un mauvais souvenir. La clause « d’intérêt national » qui avait permis de les conclure en catimini est désormais mieux encadrée, et les ministres responsables ont été écartés. La lutte contre l’enrichissement illicite progresse, avec la publication du patrimoine des dirigeants (mais pas des députés) et la création d’une sorte de Cour des comptes.

Enfin, la reprise de l’aide a permis de solder les arriérés de paiement de l’État, qui pénalisaient le secteur privé. Reste le problème du déficit structurel d’Énergie du Mali (EDM), qui vend son courant à perte. Les subventions de l’État étaient de 5 milliards de F CFA en 2010, de 30 milliards en 2012 et de 57 milliards en 2014. Gageons que les 42 milliards budgétisés pour 2015 ne suffiront pas…