RDC – Henri Mova Sakanyi : « L’opposition voit des manœuvres dilatoires partout »

L'ancien diplomate dans son bureau, à Kinshasa, le 15 octobre. © GWENN DUBOURTHOUMIEU POUR J.A.

Entre les scissions dans la majorité et le report des différents scrutins, le tout nouveau président du PPRD a fort à faire pour amener les Congolais au dialogue.

Il n’a guère eu le temps de s’habituer à ses nouveaux habits. À peine nommé à la tête du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, parti au pouvoir), en mai, Henri Mova Sakanyi a dû prendre à bras-le-corps une situation délicate, entre accusations de l’opposition et défections au sein de la majorité. Au cœur du débat, les soupçons qui pèsent sur le président Joseph Kabila. L’opposition est convaincue qu’il ne respectera pas l’actuelle Constitution, qui l’oblige à quitter le pouvoir fin 2016.

L’ex-diplomate – il était précédemment en poste à Bruxelles – veut encore croire que le dialogue est possible. Mais il n’est pas sûr que cela suffise à rassurer. Car il n’exclut, a priori, aucun des scénarios redoutés par l’opposition.

Jeune Afrique : Plusieurs personnalités viennent de faire défection, comme les leaders des partis dits du G7 et l’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi… Que se passe-t-il au sein de la majorité présidentielle ?

Henri Mova Sakanyi : Pour la première fois dans l’histoire de notre jeune démocratie, nous sommes face au scénario de la fin d’un deuxième mandat présidentiel. Certains estiment que la majorité présidentielle a peu de chances d’en sortir indemne. Et donc, ils élaborent des stratégies de sortie pour en tirer les meilleurs dividendes. C’est un calcul opportuniste. D’ailleurs, l’itinéraire de la plupart de ces personnes est très sinueux. Ils ont mangé à tous les râteliers, certains depuis la Ire République.

Il y a donc une crise de confiance au sein de la majorité ? Certains doutent de sa capacité à remporter de nouvelles élections ?

Non. C’est eux qui sont en crise d’identité. Ils ne savent pas en quoi ils croient et pourquoi ils se battent. Certains ont des raisons mesquines, liées à l’argent. Ils ont été attirés par les sirènes de celui qui se présente comme le plus offrant…

Le plus offrant, dans votre esprit, c’est Moïse Katumbi ?

C’est ce qu’ils pensent. Avec ce qui se dit sur les richesses minières au Katanga, ils ont cru qu’il y avait un coffre-fort ouvert. Nous verrons bien ce qui se passera…

Tout d’un coup, les frondeurs se seraient transformés en défenseurs de la démocratie… Pourtant, certains ont servi Mobutu et la dictature

Ces frondeurs affirment surtout se battre contre les projets de la majorité qui violeraient la Constitution…

C’est fantaisiste. Ils ne disent jamais qui est à l’origine de ces projets. Personne n’a élaboré de stratégie qui consisterait à transformer les acquis constitutionnels du peuple congolais. Ces personnes devaient justifier leur départ. Pour l’embellir, ils se sont trouvé des raisons prétendument démocratiques. Tout d’un coup, ils se seraient transformés en défenseurs de la démocratie… Pourtant, certains ont servi Mobutu et la dictature.

Le dialogue politique voulu par le président a été rompu par les opposants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). La majorité présidentielle n’est-elle pas de plus en plus isolée ?

L’opposition a été la première à demander ce dialogue. Quand le président s’y est résolu, une partie a dit non par réflexe pavlovien… Avec l’UDPS, il y a eu des consultations à l’extérieur du pays, jusqu’à ce que son président, Étienne Tshisekedi, sorte ce communiqué. Mais il n’a pas dit que l’idée du dialogue était abandonnée.

Donc, pour vous, le dialogue n’est pas enterré ?

Bien au contraire. Il n’y aura pas d’autre choix. Le contraire du dialogue, c’est la guerre. Le calendrier électoral est par exemple trop chargé pour le temps qu’il nous reste. Comment peut-on faire ? Nous devons nous mettre d’accord sur les priorités.

Nous sommes un pays postconflit. Chacun doit être responsable. Dans les pays où l’irréparable s’est produit, comme en Libye ou en Syrie, on appelle à la négociation. Évitons la catastrophe en négociant avant. Personne en RD Congo ne pourra gagner et gérer seul.

Il n’y a pas de référendum en vue. Seulement un texte pour le permettre, si un jour les Congolais le décidaient

Des députés de la majorité ont introduit une loi pour encadrer un possible référendum. Sur quoi pourrait-il porter ?

Aujourd’hui, l’ambiance générale est assez délétère, et l’opposition voit une manœuvre dilatoire derrière tout texte proposé par la majorité. En janvier, une loi proposait par exemple de faire un recensement. On a voulu faire croire que c’était un préalable à toute élection, ce qui était faux mais nous a valu des troubles. Et maintenant, les mêmes se rendent compte que nous devons enrôler 10 millions d’électeurs nouvellement majeurs. Or le recensement l’aurait permis !

Il n’y a pas de référendum en vue. Seulement un texte pour le permettre, si un jour les Congolais le décidaient. Cela pourra être en 2100, en 2030 comme en 2015.

Pourquoi ne pas avoir attendu que les élections se terminent pour introduire cette possibilité ?

De quel droit aurait-on empêché un député de déposer une proposition de loi ? Ils sont libres.

Le calendrier électoral a déjà pris du retard. Faut-il le revoir ?

Je fais le même constat que vous. Des événements qui complexifient la situation sont récemment advenus, comme le démembrement des provinces et la démission du président de la Commission électorale nationale indépendante [Ceni], l’abbé Malumalu, pour des raisons de santé. À nouveau, cela incite les acteurs politiques à se retrouver pour avancer.

Le démembrement des provinces était une réforme planifiée de longue date. Comment se fait-il qu’il soit devenu un élément perturbateur des élections ?

Nous menons des réformes dans tous les secteurs, aux niveaux économique, culturel, politique et social. Celle-ci était indispensable car prévue dans la Constitution, et il y avait une pression de la base en ce sens. Cette réforme a nécessité une loi de programmation, qui a tardé à arriver et qui a ajouté un scrutin à un calendrier déjà publié. Cela pose des difficultés, mais ce n’est pas une raison pour reculer.

Ces élections vont coûter au bas mot 1,2 milliard de dollars [environ 1,06 milliard d’euros]. Le budget congolais ne le permet pas et la communauté internationale devait nous accompagner

Une partie de la communauté internationale s’inquiète du respect des délais pour la présidentielle. Que lui répondez-vous ?

Moi aussi, j’ai des inquiétudes. Ces élections vont coûter au bas mot 1,2 milliard de dollars [environ 1,06 milliard d’euros]. Le budget congolais ne le permet pas et la communauté internationale devait nous accompagner…

Surtout, il est étonnant que ces inquiétudes ne portent que sur le scrutin présidentiel, car toutes les élections doivent respecter des délais constitutionnels. La dernière présidentielle a eu lieu il y a quatre ans. Or nous attendons des élections locales depuis l’indépendance. Penser que seule la présidentielle est indispensable, c’est faire preuve d’élitisme. Sans autorités de base consolidées par des élections, la démocratie ne peut être que fragile.

Soutenez-vous le mouvement « Kabila désir », initié par le ministre des Relations avec le Parlement, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, qui plaide ouvertement pour une prolongation du président à la tête de l’État ?

D’abord, le ministre jouit de la liberté de conscience et d’expression. Il a le droit de le penser. Qui doit trancher ce genre de débat ? Le peuple souverain. Celui-ci peut même se dédire et changer sa Constitution. Qu’on se saisisse de cette discussion. On verra ce qu’en disent les Congolais. Personne n’est au-dessus du peuple.

Le parti se prépare-t-il à désigner un candidat à l’élection présidentielle ?

Nous sommes prêts pour les locales et les provinciales. Pour les élections les plus éloignées, la présidentielle et les législatives, nous allons nous mettre en ordre de marche, mais ce n’est pas notre préoccupation pour l’instant.

Pour faire revenir la confiance, pourquoi le président ne dit-il pas publiquement son intention de se retirer à la fin de son mandat ?

Mais qui est ce bébé qui a besoin d’une berceuse pour se calmer ? Ces questions sont réglées par la Constitution. Elle est claire. Le président a dit qu’il la respectera. Que faut-il de plus ?