Focus : la stratégie de Kinshasa pour transformer le secteur touristique en RDC

La construction d'hôtels est devenue frénétique. Ici le Grand Karavia, au bord du lac Kipopo, à Lubumbashi. © GWENN DUBOURTHOUMIEU POUR J.A.

Même s'il est doté d'immenses atouts naturels, le pays peine à attirer les visiteurs. À cause de ses conflits internes, mais aussi par manque d'équipements. Une situation en passe de changer.

En RD Congo, le secteur du tourisme est toujours largement dominé par le segment des hommes d’affaires, complété par celui des nostalgiques, en provenance d’Europe essentiellement, venus à la recherche d’une Afrique ancestrale, celle des savanes et des grandes forêts équatoriales.

Au milieu de ces flux, le touriste congolais reste une espèce rare dans son propre pays. Les autorités cherchent pourtant à développer ce secteur dans l’espoir de voir le pays prendre toute la part à laquelle il peut prétendre sur un marché international en pleine expansion et comptent pour cela sur ses multiples atouts naturels.

Le tourisme, un futur pilier économique

La RD Congo dispose en effet de neuf parcs nationaux, dont cinq classés au patrimoine mondial de l’humanité, et d’une soixantaine de réserves et autres domaines de chasse encore insuffisamment mis en valeur. Entre sa faune et sa flore endémiques, son hydrographie extraordinaire qui lui offre des cours d’eau spectaculaires et des lacs majestueux, le pays a plus d’un argument touristique à faire valoir. Il compte aussi pour cela s’appuyer sur ses voisins, en favorisant l’interconnexion des circuits touristiques existants, pour accroître l’attractivité de son offre et celle de toute la sous-région. En mettant en avant des thèmes comme la musique, l’artisanat ou la gastronomie.

La RD Congo ambitionne de grappiller quelques parts de marché sur un continent où la concurrence est âpre, face à des pays qui ont un véritable savoir-faire en la matière

Bien décidées à faire du tourisme un pilier de l’économie, au même titre que les mines ou l’agriculture, les autorités ont lancé en 2014 le plan directeur national pour le développement du tourisme, censé porter la part de ce secteur de 1 % à 3 % du PIB à l’horizon 2020. Ce document prévoit la réalisation de projets à travers l’ensemble du pays, avec quatre régions prioritaires : Kinshasa, l’ex-Katanga, le Kongo-Central et le Nord-Kivu.

La RD Congo ambitionne de grappiller quelques parts de marché sur un continent où la concurrence est âpre, face à des pays qui ont un véritable savoir-faire en la matière, qui plus est reconnu dans le monde entier. L’Afrique du Sud, le Kenya ou encore la Tanzanie disposent eux aussi de réserves naturelles qui attirent chaque année les amateurs de sensations fortes des quatre coins de la planète. Kinshasa doit donc réfléchir à une offre originale qui trancherait avec ce qui est proposé ailleurs.

Le thème de ce premier rendez-vous organisé lors de la Journée mondiale du tourisme, « un milliard de touristes, un milliard d’opportunités », en dit long sur les ambitions congolaises

Le pays a par exemple mis l’accent sur son patrimoine historique en proposant la « route de l’esclave ». Ce projet consiste à réhabiliter les sites de mémoire au Kongo-Central, littéralement vidé de ses forces vives au plus fort de la traite négrière. Kinshasa entend adosser ce circuit au grand projet de la Route de l’esclave, piloté par l’Unesco et l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), auquel prennent part tous les pays riverains de l’Atlantique.

L’écotourisme est un autre axe de développement suivi de très près par le gouvernement. Lubumbashi a ainsi accueilli fin septembre la première édition du Salon international du tourisme, destiné à promouvoir les activités touristiques qui contribueront au développement de la région. Le thème de ce premier rendez-vous organisé lors de la Journée mondiale du tourisme, « un milliard de touristes, un milliard d’opportunités », en dit long sur les ambitions congolaises.

Développer des infrastructures adaptées

Pour atteindre leurs objectifs, les autorités s’attellent à réhabiliter les principales infrastructures touristiques du pays, comme c’est actuellement le cas dans le parc des Virunga, le plus ancien du continent, situé dans l’est du pays, ainsi que dans le parc des Kundelungu, au nord de Lubumbashi. Il a également prévu la construction d’hôtels et autres hébergements, sans oublier l’aménagement des voies d’accès aux différents sites. Les capacités hôtelières se sont sensiblement améliorées ces dernières années dans les principales villes du territoire. Plusieurs établissements cinq étoiles ont ouvert leurs portes dans la capitale, sur un marché autrefois dominé par le Grand Hôtel, aujourd’hui Pullman, et le Memling. L’ouverture de plusieurs adresses de qualité, à Kinshasa comme à Lubumbashi, a permis de diversifier l’offre en même temps que de réduire les coûts de séjour.

La frénésie en matière de construction d’hôtels ne se limite pas aux grands centres urbains. Bukavu (Sud-Kivu) et Goma (Nord-Kivu) ont accueilli ces derniers mois de nombreux chantiers, et le récent passage de 11 à 26 provinces devrait rehausser le rôle de pôle de développement économique des différents chefs-lieux. Même si toutes ces villes ne disposent pas du même niveau d’équipement.

Sans l’implication du secteur privé, difficile en effet d’imaginer pouvoir relancer une activité économique mise à mal par les conflits récurrents qui ravagent certaines parties du pays

Les disparités en matière d’infrastructures entre régions sont flagrantes. Chaque province doit trouver les recettes originales pour attirer les financements nécessaires à la mise en œuvre des projets lancés dans le cadre du plan directeur. « La RD Congo compte beaucoup sur la mise en place de partenariats public-privé pour développer le secteur », souligne Elvis Mutiri, le ministre du Tourisme. Sans l’implication du secteur privé, difficile en effet d’imaginer pouvoir relancer une activité économique mise à mal par les conflits récurrents qui ravagent certaines parties du pays.

Pour tirer le maximum de son potentiel, la RD Congo doit également se lancer dans la formation de ses professionnels. Le gouvernement étudie notamment la possibilité d’ouvrir à Kinshasa, d’ici à 2017, un centre de formation aux métiers du tourisme. Le pays doit aussi assurer la mobilité de ses visiteurs à l’intérieur de ses frontières. Or se déplacer par la route peut parfois ressembler à une véritable odyssée. Pour rejoindre l’ex-Katanga depuis la capitale, le visiteur téméraire doit s’armer de patience, traverser de nombreux cours d’eau, et espérer disposer d’un 4×4 suffisamment costaud pour circuler sur les pistes. Pour l’heure, seule une faible partie des 155 000 km du réseau routier national est bitumée.

Par ailleurs, si la population est connue pour son hospitalité, certains peuvent se montrer hostiles lorsque les touristes prennent des photos

Enfin, s’il veut vraiment développer le tourisme, le Congo va devoir revoir certaines de ses pratiques. Difficile d’imaginer les touristes affluer du jour au lendemain alors que la délivrance du visa d’entrée peut prendre plusieurs mois. Par ailleurs, si la population est connue pour son hospitalité, certains peuvent se montrer hostiles lorsque les touristes prennent des photos. La police intervient même parfois pour leur demander de ranger leur matériel au motif qu’il est interdit de photographier les « sites stratégiques ». Reste maintenant à définir ces endroits le plus clairement possible pour éviter les confusions. Et ainsi aider les touristes à mieux découvrir un pays qui demeure aujourd’hui encore aussi méconnu qu’inaccessible.