RDC : la revanche des geeks kinois

C'est Filip Kabeya qui a eu l'idée de mettre en place un rendez-vous bimensuel pour aider les entrepreneurs à échanger leurs idées. (Ici en octobre à Kinshasa.) © GWENN DUBOURTHOUMIEU POUR J.A.

Musique en streaming, géolocalisation de bonnes adresses, prise en charge de personnes malades… Les développeurs rivalisent d'ingéniosité pour rattraper leurs confrères brazzavillois.

Sur la rive droite du fleuve Congo, il y a Vérone Mankou, le concepteur du premier smartphone et de la première tablette tactile du continent. Autour de ce « Steve Jobs brazzavillois », des initiatives innovantes n’ont cessé d’émerger ces dernières années à Brazza, comme le BantuHub, une plateforme destinée à donner aux développeurs, webmasters et infographistes locaux les moyens d’innover et de créer du contenu, en leur offrant un espace de travail partagé (coworking) adapté à leurs besoins. Sur la rive gauche du fleuve, Kinshasa est longtemps resté à la traîne. Un retard que les jeunes Kinois veulent désormais rattraper, en multipliant les projets sur le terrain du numérique.

« Pour l’instant, chacun se lance en solo pour tenter de proposer des idées nouvelles », concède Déo Baïse. Ce designer de 25 ans vient de créer, avec son frère, développeur, l’application mobile de la radio Univers FM, disponible sur Android. Il s’apprête désormais à mettre en ligne celle de Talents2Kin, une plateforme de streaming inspirée de Spotify et de Deezer destinée à « promouvoir les jeunes artistes congolais et à proposer des tubes qui cartonnent à Kinshasa », explique le designer. Master Net, la start-up de Déo Baïse, travaille également sur l’application Voilà Night : « Grâce à la géolocalisation, cette appli permettra de trouver les événements culturels qui se déroulent dans le quartier de la capitale d’où l’on se connecte, les bonnes adresses, etc. »

Le jeune directeur général vient de lancer Motema Tab, la première gamme de smartphones et de tablettes made in RD Congo

Dieudonné Kayembe, lui, était l’un des lauréats de l’Africa Android Challenge en 2012, où il avait proposé Kimia Solution, une application de prise en charge automatique des personnes hypertendues. Diplômé en génie informatique de l’université de Kinshasa, il a créé la société Flechtech – une « start-up qui grandit », se réjouit-il. À 26 ans, le jeune directeur général vient de lancer Motema Tab, la première gamme de smartphones et de tablettes made in RD Congo (assemblés en Chine et en Thaïlande), et est fier de souligner que le développement de son entreprise se fait « sans subvention étatique ni appui extérieur » – elle s’autofinance.

« Nous avons trouvé une astuce : nous créons des applications innovantes que nous commercialisons pour financer nos autres grands projets », explique Dieudonné Kayembe. Dans les mois à venir, il compte se rendre de l’autre côté du fleuve pour rencontrer de jeunes entrepreneurs brazzavillois. Objectif : partager les expériences sur le modèle économique le plus approprié pour pérenniser leurs activités.

À son retour à Kinshasa après un long séjour à l’étranger, ce trentenaire a constaté que la capitale congolaise manquait d’un cadre de discussion sur les usages du numérique

En attendant, les Kinois intéressés par les technologies numériques ont pris l’habitude de se retrouver deux samedis par mois (le premier et le dernier) autour du Café numérique. Une idée de Filip Kabeya. À son retour à Kinshasa après un long séjour à l’étranger, ce trentenaire a constaté que la capitale congolaise manquait d’un cadre de discussion sur les usages du numérique. En novembre 2014, il a alors décidé de réunir quelques amis intéressés par le sujet pour leur faire part de son envie de mettre en place un tel forum.

« Nous avons progressivement créé un espace pour parler des technologies et de l’innovation, explique Filip Kabeya. La spécificité du Café numérique Kinshasa réside surtout dans la présentation, à chaque séance, d’un projet local. C’est une manière d’offrir aux jeunes entrepreneurs une vitrine pour exposer leurs produits et faciliter ainsi le réseautage. »

La démarche des Kinois a convaincu le Café numérique Paris, l’un des pionniers dans le domaine, qui leur a alors proposé de rejoindre son réseau. Fort de cette reconnaissance parisienne et internationale, Filip Kabeya se sent pousser des ailes. Il compte désormais dupliquer cette formule dans d’autres villes congolaises, voire à Brazzaville, et espère parvenir à créer dans les prochains mois un espace de coworking pour les Kinois, à l’image du BantuHub de Brazza.