Vishnu Lutchmeenaraidoo : « Maurice n’a aucun intérêt à être un paradis fiscal »

Vishnu Lutchmeenaraidoo est le ministre des Finances de Maurice. © Ejilen/La Sentinelle

Depuis que la Commission européenne a maintenu son pays sur la liste des pays non coopératifs en matière d'échange d'informations financières, Vishnu Lutchmeenaraidoo, le ministre mauricien de l'Économie et des Finances, ne décolère pas.

Lors de sa visite à Paris, fin juin, il a d’ailleurs profité de la signature d’une convention avec l’OCDE mettant un terme au secret bancaire sur l’île pour tancer l’Union européenne (UE). Et pour promouvoir la stratégie de relance économique du gouvernement d’Anerood Jugnauth, à la tête du pays depuis décembre 2014.

Jeune Afrique : Votre gouvernement a adressé un courrier à la Commission européenne pour s’insurger contre la présence de Maurice sur la liste des pays insuffisamment transparents en matière financière. Quelle en était la teneur ?

Vishnu Lutchmeenaraidoo : Le Premier ministre a souligné la grande irritation de Maurice face à ce que j’appelle une bourde de la Commission. Bruxelles doit nous retirer de cette liste sur laquelle nous n’avons rien à faire. Nous contestons à la fois la méthode et le fond d’une telle décision, dont l’impact peut être très nocif pour notre pays en termes d’image. Nous œuvrons depuis des années pour que notre place financière soit la plus transparente possible et n’avons pas vocation à servir de bouc émissaire. Maurice n’a aucun intérêt à être un paradis fiscal. Et il ne le sera jamais.

Quels sont les principaux axes de la stratégie de relance que vous avez engagée en mars ?

Le Premier ministre m’a confié pour mission de ramener la croissance dans un pays essoufflé. Ce taux plafonne à 3 % depuis dix ans. Nous ne pouvons assurer notre développement à ce rythme. L’objectif est donc d’arriver à un taux de 5,7 % à l’horizon de 2016-2017 et de 8 % en 2020. Pour y parvenir, nous devons absolument nous réinventer.

Nous comptons nous appuyer sur le développement de l’économie bleue [toute activité liée de près ou de loin à la mer], en nous fixant comme priorité l’extension du port de la capitale. Maurice a toujours joué un rôle important dans la région en matière de trafic maritime et de transit des marchandises. Notre destin est de profiter du réveil de l’Afrique pour renouer avec notre passé dans ce domaine.

Les bassins portuaires de Port-Louis doivent être redimensionnés afin de recevoir dix fois plus de trafic.

Comment réagissent les opérateurs internationaux du secteur ?

Nous sommes allés à Dubaï à la mi-juin, et DP World s’est montré très intéressé par notre projet. Tout le monde a besoin d’un port de transbordement dans la région, et l’intérêt que nous a manifesté DP World me conforte dans l’idée que notre stratégie est la bonne. Les bassins portuaires de Port-Louis doivent être redimensionnés afin de recevoir dix fois plus de trafic.

Quel rôle le continent africain jouera-t-il dans cette nouvelle stratégie ?

Un rôle fondamental. Depuis l’indépendance, nous avons acquis beaucoup d’expérience : dans le tourisme, la gestion de zones franches, le secteur financier… et nous pouvons partager tout ce savoir-faire avec le continent. Nous venons par exemple de mettre la dernière main à un projet d’envergure avec le Ghana : la création d’une technopole à Accra. Ce projet verra le jour à partir d’un « véhicule » d’investissement basé à Maurice, qui bénéficiera automatiquement de nos facilités fiscales et de nos mécanismes incitatifs. Ce véhicule est ouvert aux entreprises, et surtout aux fonds de pension, aux fonds d’investissement et aux banques.

Personne n’a été aussi loin, nous sommes à la pointe de l’innovation pour faciliter les investissements en Afrique.

Quelle est l’image de Maurice auprès des investisseurs étrangers ?

Après les difficultés économiques que nous avons traversées dans les années 1980, nous souffrions d’un manque de crédibilité, mais j’ai le sentiment que la confiance est revenue. Les investisseurs étrangers ont conscience que Maurice dispose des clés pour pénétrer sur le continent et que nous sommes un indispensable trait d’union entre l’Afrique et le reste du monde. C’est un atout que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer.

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