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Crise des migrants : leçons d’histoire

Dans certaines gares allemandes, les réfugiés ont été accueillis sous les applaudissements © Martin Meissner/AP/SIPA

Nous n'oublierons pas que la vieille Europe - Allemagne et Italie en tête - est en train de venir en aide aux victimes de nos propres barbaries. Elle porte secours à des musulmans opprimés par d'autres musulmans.

Nous n’oublierons pas les paroles de Nizar Kabbani, le grand poète syrien qui, il y a quarante ans, clamait ces vers prémonitoires : « Pardonnez-nous / Pour le jour où nous nous entasserons sur un bateau / Et nous nous disperserons aux quatre coins du monde / Car nous n’avons pas trouvé chez les marchands arabes / Un seul qui accepte de nous nourrir ou de nous acheter / Nous n’avons pas trouvé parmi les belles Arabes / Une seule femme qui daigne nous aimer / Nous n’avons pas trouvé chez les révolutionnaires arabes / Un seul qui ne nous ait poignardé de son couteau. »

Nous n’oublierons pas ces images d’archives montrant des Koweïtiens fuyant par milliers l’offensive irakienne, en 1990, et devant lesquels la Syrie avait ouvert grand ses portes.

Nous n’oublierons pas ces Irakiens qui, dans les années 1960, accueillaient des Maghrébins sans visa sur leur sol et sur les bancs de leurs universités, et procuraient aux enfants de Tunis ou d’Alger des livres et des fournitures.

Nous n’oublierons pas ces chrétiens d’Orient qui donnèrent tout leur lustre à la pensée et aux lettres arabes et qui fuient actuellement devant les ignares de Daesh.

Nous n’oublierons pas le geste des Allemands devant ces réfugiés qui débarquent sous les applaudissements

Nous n’oublierons pas l’immobilisme honteux des Arabes aujourd’hui : celui d’émirats repus qui ferment les yeux devant un drame dont ils sont responsables en partie et qu’ils ont perpétré à coup de pétrodollars et de propagande obscurantiste ; celui de roitelets qui avouent avec cynisme ne pas vouloir ajouter à leurs immigrés esclaves d’autres esclaves ; celui de pays maghrébins se détournant de leurs « frères de la nation arabe » ; celui d’États musulmans qui regardent imperturbables des États chrétiens recueillir les victimes d’un islamisme avec lequel ils composent. Nous n’oublierons pas le geste des Allemands devant ces réfugiés qui débarquent sous les applaudissements.

Ils ont le beau rôle ceux qui, parmi nous, portés par le mépris ou la suspicion envers l’Occidental, prétendent que les Germaniques ne visent par ce geste qu’à faire oublier leur passé nazi et remplacer le souvenir des Juifs embarqués de force dans les trains de la mort par celui des Arabes accueillis de bon cœur dans les mêmes gares.

Ils ont le raisonnement marchand ceux qui soutiennent que l’Allemagne n’a agi de la sorte que par nécessité économique, parce qu’elle aurait besoin de main-d’œuvre et d’un renflouement de sa population déclinante.

Ils sont de mauvaise foi ceux qui nous débitent l’éternelle chanson de l’Occident responsable de nos malheurs et acculé à se racheter. Et après ? Cela ne change rien à la réalité.

Nous n’oublierons pas, par conséquent, que la vieille Europe – Allemagne et Italie en tête – est en train de venir en aide aux victimes de nos propres barbaries. Elle porte secours à des musulmans opprimés par d’autres musulmans.

La terre du Christ, dite « maison de la guerre », est en passe de devenir la « maison de la paix » pour les Arabes que nous sommes, et notre « prochain » n’est plus forcément notre coreligionnaire. L’heure est à l’éveil de l’humanisme européen au moment où nos jihadistes risquent de porter un coup fatal à l’humanisme musulman.