Procès Ntaganda : grand écran, mais petits effets à Kinshasa

Par - à Kinshasa

L'ex-chef de guerre Bosco Ntaganda devant la Cour pénale internationale, le 2 septembre 2015 à La Haye. © AFP

À Kinshasa, la Monusco a organisé la diffusion du procès en léger différé. Mais les Kinois se montrent plutôt indifférents, et les médias locaux embarrassés.

«Est-ce la peine de continuer à retransmettre le procès Ntaganda à Kinshasa ? » La question se pose lorsque l’on se retrouve seul dans la grande salle que la Monusco a préparée pour la diffusion – en différé de trente minutes – des audiences qui se sont ouvertes le 2 septembre devant la CPI.

Au lieu de remballer le matériel, un agent du Bureau des Nations unies aux droits de l’homme s’est quand même résolu à lancer le vidéoprojecteur. Quelques minutes plus tard, six personnes tout au plus – journalistes et défenseurs des droits de l’homme pour l’essentiel – le rejoignent. « Il n’y a pas de ruée, reconnaît Paul Madidi, le porte-parole du bureau de la CPI en RD Congo.

 

 

L’engouement aurait été différent à Kinshasa s’il s’agissait de la diffusion du procès de Jean-Pierre Bemba, le MLC, son parti, ayant encore une capacité de mobilisation dans la capitale. » Il serait pourtant prématuré d’en conclure que le procès Ntaganda n’intéresse pas les Kinois. « La projection a lieu dans l’enceinte d’une ancienne société textile, pas très accessible au grand public », regrette Faustin Chui, vendeur de journaux à la criée sur le boulevard du 30-Juin.

À cela s’ajoute la réticence des médias locaux à relayer le procès. « Ils ont exigé beaucoup d’argent », glisse une source proche du bureau de la CPI sur place. La Radio-télévision nationale congolaise (RTNC) se montre tout aussi réservée. Lors du procès de Thomas Lubanga (2009-2011), un autre chef milicien de l’Ituri, « la RTNC avait dû interrompre la retransmission lorsque la défense avait cité le chef de l’État parmi les soutiens à un groupe de belligérants dans cette partie de la RD Congo », rappelle Madidi. Depuis, plus de direct : la chaîne publique exige désormais de vérifier les images en amont.