Ségolène Royal : « Notre politique africaine est claire, transparente et respectueuse »

Lors de l'entretien, à Paris, le 27 août. © Vincent Fournier pour J.A.

À l'approche de la conférence de Paris sur le climat, la ministre de l'Écologie multiplie les visites sur le continent. Son message : la France sera aux côtés des pays qui s'engagent sur la voie des énergies vertes.

C’est son cabinet qui le dit : Ségolène Royal reçoit « des milliers d’invitations », parmi lesquelles plusieurs émanent de présidences africaines. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (numéro trois du gouvernement français) continue de jouir d’une certaine aura sur le continent, en partie en raison de son combat, au second tour de la présidentielle de 2007, contre l’homme du discours de Dakar : Nicolas Sarkozy.

Cela tombe bien, l’ancienne compagne de François Hollande se sent un peu à l’étroit dans l’Hexagone. Alors que se profile la conférence de Paris sur le climat (du 30 novembre au 11 décembre), elle enchaîne les déplacements sur le continent : Namibie, Zambie, Botswana et Ghana, du 2 au 15 août, puis Gabon, les 28 et 29.

 

Jeune Afrique : Vous vous êtes souvent déplacée en Afrique ces dernières semaines. Pourquoi ce regain d’intérêt ?

Ségolène Royal : J’ai toujours eu des liens forts avec ce continent. Je suis née au Sénégal et j’y retourne régulièrement, comme encore en juillet et en août. L’Afrique n’a pas été suffisamment intégrée aux négociations sur le climat. Au sommet de Lima [en décembre 2014], seules la Chine et l’Arabie Saoudite se sont adressées à elle. Le continent considère, à juste titre, être victime du dérèglement climatique sans avoir les moyens d’accomplir sa transition énergétique. Nous voulons lui donner plus de poids à Paris.

 

 

À ce jour, seuls sept pays africains ont publié leur « contribution » pour le climat…

Oui, mais les autres les préparent. J’ai été impressionnée par le travail que j’ai observé sur le terrain, par exemple en Namibie, qui pourrait être totalement autonome grâce à son potentiel en énergies solaire et éolienne. Ces pays ont la possibilité de se développer sans énergies fossiles.

À condition qu’ils obtiennent les financements et transferts de technologies nécessaires…

Je l’ai vu au Sénégal : pour l’instant, les énergies renouvelables coûtent plus cher que les énergies fossiles, surtout depuis la baisse des prix du pétrole. Les pays africains, qui ont parfaitement le droit de se développer, doivent donc recevoir un soutien pour réussir leur transition énergétique. C’est une condition de la réussite de la conférence de Paris. Les Nations unies souhaitent que ces financements soient clarifiés dès le sommet de New York sur le développement durable, en septembre. Et je plaide pour que, d’ici à décembre, l’efficacité du Fonds vert pour le climat [un mécanisme financier de l’ONU] soit démontrée, avec le financement de projets ciblés, notamment dans le solaire et la reforestation en Afrique.

Au sein du gouvernement français, vous êtes chargée de la mobilisation de l’Europe. Or vous êtes présente en Afrique, dont devaient se charger les Affaires étrangères… Comment se répartissent les rôles ?

Les commentaires sur les éventuels conflits entre ministres ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Il y a suffisamment de travail pour que nous soyons tous engagés. Dans le cadre de ma mission concernant l’Union européenne, j’ai été chargée de la mobilisation de l’Afrique. Puis, j’ai été mandatée par le président de la République pour visiter plusieurs pays d’Afrique australe et le Gabon. Il avait été invité, mais n’a pas le temps d’aller partout.

Sous François Hollande, la politique africaine est dominée par les interventions militaires, et l’aide au développement est en perte de vitesse. Sa politique est-elle équilibrée ?

Il suffit de rencontrer les dirigeants africains pour s’en rendre compte : l’intervention de la France au Mali a suscité une reconnaissance très profonde. Les circuits parallèles et les réseaux occultes du passé ont été éliminés. Notre politique est claire, transparente et respectueuse. Quant à l’aide au développement, elle reste une priorité du gouvernement, et nous avons été l’un des premiers pays à annoncer notre contribution au Fonds vert.