Francis Perrin : si la chute du pétrole se poursuit en Algérie, « le risque de tensions sociales et politiques est clair »

Francis Perrin, Directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz arabes. © DR

Francis Perrin, Directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz arabes, répond aux questions de Jeune Afrique au sujet de la chute des prix du pétrole et des conséquences de celle-ci sur l'économie algérienne.

Jeune Afrique : Les prix du pétrole sont descendus à 43 dollars la semaine dernière. Y a-t-il des risques que les cours plongent encore dans les prochains mois ?

Francis Perrin : On ne peut effectivement pas exclure une nouvelle baisse des cours d’ici à la fin de l’année ou en 2016. Les deux autres scénarios les plus probables sont le maintien des cours à leur niveau actuel ou une légère remontée. Par contre, on voit mal ce qui pourrait conduire à court terme à une remontée significative des prix du brut. Outre l’excédent de l’offre pétrolière sur la demande et le refus de l’Opep de réduire sa production, les principaux facteurs baissiers sont la perspective d’une forte hausse de la production et des exportations pétrolières de l’Iran en 2016 et le ralentissement économique de la Chine.

Quels sont les impacts directs de cette chute sur les finances de l’Algérie ?

Une forte réduction des recettes d’exportation, un déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements, une diminution des réserves de change, un accroissement du déficit budgétaire et une baisse des ressources du Fonds de régulation des recettes. Le bilan est sombre, même si l’Algérie conserve des réserves de change importantes et si sa dette extérieure est très faible. Mais ces tendances sont très préoccupantes.

Y a-t-il des risques de tensions sociales et politiques en cas de chute durable des cours des hydrocarbures ?

Le pétrole et le gaz naturel représentent plus de 95 % des exportations de l’Algérie et près de 60 % des recettes budgétaires. Si les prix du pétrole devaient rester très bas de façon durable, des révisions déchirantes seraient nécessaires en Algérie comme dans d’autres pays producteurs en développement. Cela ne pourrait qu’accroître les mécontentements sociaux. Le risque de tensions sociales et politiques est clair, même si, dans ce domaine, il n’y a ni automatisme ni fatalité.