Algérie : la ministre de l’Éducation, Nouria Benghabrit-Remaoun, face à la fronde

Les syndicats ont surnommé Nouria Benghabrit "la dame de fer". © AFP

Démagogique d'enseigner l'arabe dialectal à l'école ? La ministre algérienne de l'Éducation s'en défend et reste droite dans ses bottes.

Haro sur Nouria. La ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghabrit-Remaoun, est la cible depuis plusieurs semaines d’une campagne de déstabilisation et de dénigrement de la part d’intellectuels arabophones, de la mouvance islamiste et de partis politiques dont sont membres certains ministres.

Son tort ? Vouloir moderniser l’école algérienne que d’aucuns jugent « sinistrée » et pourvoyeuse d’« analphabètes trilingues ».

Suivant les recommandations d’experts qui ont pointé les difficultés des écoliers algériens à apprendre les langues – aussi bien nationale qu’étrangères – la ministre a ouvert le débat sur la réforme du système éducatif en évoquant l’introduction de la darija, l’arabe dialectal. Mal lui en a pris.

Atteinte aux fondements, proposition démagogique, tentative de créer la Fitna (la « discorde »), coup porté à l’arabe classique, la langue du Coran… la polémique aura été si féroce que certains ont dénoncé les origines supposées juives de Benghabrit-Remaoun alors que d’autres ont réclamé son limogeage. Droite dans ses bottes, la ministre a dû monter au créneau pour démentir sur son compte Facebook les rumeurs faisant état de sa démission.

Surnommée « la dame de fer » par les syndicats

Nommée ministre en mai 2014, Nouria Benghabrit-Remaoun, 63 ans, née à Oujda (Maroc), possède un CV aussi épais qu’un manuel scolaire. Diplômée en sociologie de l’éducation, enseignante, chercheuse, directrice pendant douze ans du Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), auteure de plusieurs ouvrages sur l’école et l’enseignement, cette mère de deux enfants est surnommée « la dame de fer » par les syndicats.

À quelques jours de la rentrée scolaire, la polémique sur la darija a peu de chances de s’essouffler. Il en faut cependant plus pour décourager cette femme de descendance andalouse et dont le grand-oncle fut le fondateur de la Grande Mosquée de Paris.