Les Jeux africains de retour au Congo-Brazzaville

Point névralgique du nouveau complexe sportif, le stade de Kintélé (60 000 places). © BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.

Ville hôte des premiers Jeux africains en 1965, la capitale congolaise accueillera de nouveau, du 4 au 19 septembre, le plus grand rendez-vous sportif du continent, dernier moment de répit politique avant l'élection présidentielle de 2016.

En foulant le gazon à la coupe londonienne du stade de Kintélé, Joseph-Antoine Bell a dû retrouver des sensations qu’il n’avait plus connues depuis le « Chaudron » stéphanois. Invité à Brazzaville par le président Denis Sassou Nguesso le 19 juillet, l’ancien footballeur camerounais et ex-gardien de but des Lions indomptables a pu découvrir en avant-première les installations construites pour recevoir la 11e édition des Jeux africains, du 4 au 19 septembre.

Il a marché devant les tribunes que quelques ouvriers finissaient de garnir de leurs sièges multicolores, le long de la piste d’athlétisme… comme pour un tour d’honneur. Ou plutôt « en l’honneur » d’un stade de plus de 60 000 places qui, s’il n’est pas encore baptisé, « rivalise avec les meilleurs équipements de la planète », comme l’a souligné Jean-Jacques Bouya, ministre à la présidence chargé de l’Aménagement du territoire et délégué général aux grands travaux.

Cinquante ans après avoir accueilli les tout premiers Jeux africains, Brazzaville a mis les petits plats dans les grands pour offrir aux 51 délégations participantes et aux milliers d’athlètes inscrits une quinzaine olympique inoubliable. Et toutes les infrastructures seront prêtes à temps pour que la fête soit réussie.

Stade olympique

Situé à 15 km au nord de la capitale, le complexe sportif de Kintélé s’étend sur 80 hectares. Outre le stade olympique, il dispose également d’un palais des sports de plus de 10 000 places, d’un centre nautique pouvant accueillir plus de 2 000 spectateurs, d’un immeuble pour l’administration et les médias, ainsi que d’autres équipements, notamment médicaux et logistiques, nécessaires au bon déroulement d’une compétition de cette envergure.

Le tout articulé autour du stade (construit par la China State Construction Engineering Corporation), qui du haut de ses 50 m domine le plateau jusqu’au fleuve Congo. Recouvert de sa carapace métallique dorée, il semble rayonner tel un astre, se reflétant sur les façades vitrées de la douzaine de bâtiments environnants établis sur le campus de la future université Denis-Sassou-Nguesso, dont la construction est en cours.

En respectant les délais imposés, le Congo a déjà remporté son premier pari. Même si, pour être sûr de son coup, l’État a dû mobiliser près de 600 millions d’euros, au moment où la chute des cours internationaux du pétrole est venue grever son budget.

Une économie sous pression

De fait, le pays est économiquement sous pression puisqu’il a perdu près de la moitié de ses recettes en quelques mois, sans ralentir le rythme des grands chantiers qu’il a lancés à travers le pays ces dernières années. Selon le FMI, la dette publique représente actuellement 36,5 % du PIB, contre 20 % en 2010. L’État a dû faire face à une accumulation de ses créances qui a provoqué d’importants retards de paiement, au point que plusieurs entreprises de BTP étrangères ont gelé pour un temps les travaux.

Et la croissance globale annuelle devrait ralentir pour passer de 6,8 % en 2014 à seulement 3 % dès cette année et jusqu’en 2020, ainsi que l’a souligné l’économiste du Fonds, Dalia Hakura, à l’issue de son séjour à Brazzaville, le 1er juin.

Lors de la précédente mission du FMI dans le pays, en mars, elle avait fait remarquer que « les autorités de la République du Congo continu[ai] ent de subir des pressions en faveur d’une augmentation des dépenses pour les Jeux africains à l’automne 2015 ». Une façon de se demander, à l’instar des Congolais, si le pays a besoin de cet événement dans la conjoncture actuelle.

 

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Les Jeux en mascotte et en chiffres. © DR

 

Le sport pour gagner du temps en politique

Question de point de vue… En substituant à l’agenda politique le calendrier sportif, à quelques mois d’un scrutin présidentiel attendu pour la mi-2016, Denis Sassou Nguesso semble s’acheter un peu de temps pour préparer la nation à son éventuelle candidature. Âgé de 72 ans, élu en 2002 et réélu en 2009, le chef de l’État ne peut pas briguer un troisième septennat l’an prochain… à moins que la Constitution de 2002 ne soit modifiée ou que le pays n’en élabore une nouvelle.

S’il maintient le flou quant à ses intentions, Denis Sassou Nguesso a multiplié ces derniers mois les consultations pour prendre la température du pays. Les discussions ont culminé lors des journées du dialogue national, qui se sont tenues du 13 au 17 juillet à Sibiti (à 250 km à l’ouest de Brazza), pour « organiser au mieux les prochains scrutins et faire évoluer les institutions ».

Ce dialogue a sans surprise été boudé par les principaux partis d’opposition, regroupés depuis février au sein du Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique (Frocad), opposé à la modification de la loi fondamentale comme à une nouvelle Constitution. Mais les 630 représentants des partis de l’alliance présidentielle et de la société civile présents en ont décidé autrement et ont appelé à un changement de la Constitution plutôt qu’à sa simple révision. Ce qui aboutirait donc à l’avènement d’une nouvelle République.

Les conclusions, désormais sur le bureau du chef de l’État, ne sont certes pas aussi consensuelles que la majorité veut bien le dire, mais le plus important est ailleurs. Au président de décider désormais de la suite à donner à ce que ses détracteurs appellent « le monologue », lequel préconise d’instaurer un quinquennat renouvelable, de renforcer les pouvoirs du Parlement ou encore de donner un statut à l’opposition. Plutôt que de passer en force, le chef de l’État devrait choisir la voie référendaire pour entériner un nouveau texte avant la fin de cette année. Mais aucune annonce sur ce sujet ne devrait survenir avant la fin des Jeux. Place au sport !

 


 

LUMIÈRE SUR 1965

Pierre de Coubertin en rêvait, le Congo l’a fait. Le baron français avait espéré qu’ils se tiennent à Alger en 1925, un an après les Jeux olympiques de Paris. Mais les premiers Jeux africains ont dû attendre les indépendances pour prendre, en 1965, le relais des Jeux de l’amitié (qui étaient réservés aux pays francophones).

L’émotion était donc à son comble et les gradins entièrement remplis au stade omnisports de Brazzaville lorsque, le 18 juillet, le président congolais Alphonse Massamba-Débat déclara solennellement ouverts les premiers Jeux africains face aux 30 délégations alignées devant lui, prêtes à s’affronter dans dix disciplines. À l’heure du palmarès, le 25 juillet, la République arabe unie (nom officiel de l’Égypte jusqu’en 1971) se tailla la part du lion en remportant 17 des 54 médailles d’or, loin devant le Nigeria et le Kenya, qui l’encadraient sur le podium (avec respectivement 9 et 8 médailles d’or).

L’honneur fut sauf pour le Congo qui, grâce à la médaille d’or remportée par les Diables rouges, l’équipe nationale de football, termina dixième au classement (ex aequo avec le Cameroun). Reconnus par le Comité international olympique dès 1965, les Jeux africains ont lieu tous les quatre ans. Leur préparation est pilotée par l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique et le Comité d’organisation des Jeux africains du pays hôte.