Dopage : les Kényans font-ils la course en tête ?

Près d'Iten (Kenya), à 2 400 m d'altitude. © Frederic Courbet/Corbis

Leurs performances sont exceptionnelles. Mais, selon une enquête de la chaîne allemande ARD, elles ne seraient pas à 100 % naturelles.

Est-ce leur entraînement en altitude ? La finesse de leurs corps ? Leur culture de la course ? Depuis des décennies, les scientifiques cherchent à percer le secret de la stupéfiante supériorité des coureurs de fond kényans. L’une de leurs recettes miracles pourrait cependant être moins reluisante…

À en croire une enquête de la chaîne publique allemande ARD et de l’hebdomadaire britannique The Sunday Times, les athlètes kényans seraient les plus dopés de la planète après les Russes. Hajo Seppelt, auteur du documentaire et spécialiste du dopage, est arrivé à cette conclusion après avoir mis la main sur une base de données de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF), recensant les résultats de 12 000 tests sanguins effectués sur 5 000 sportifs entre 2001 et 2012.

L’athlétisme est aujourd’hui dans la même situation infernale que le cyclisme il y a vingt ans »

Au cours de cette période, un tiers des athlètes médaillés – dont 18 Kényans – ont obtenu au moins un résultat suspect. Cela pourrait être la conséquence d’une prise d’EPO, cette substance interdite à l’origine de nombreux scandales dans le cyclisme. Comme le reconnaît son auteur, cette enquête ne prouve pas que tous ces athlètes sont dopés – il faut pour cela plusieurs tests concordants. Mais la proportion élevée d’anomalies suggère que l’athlétisme « est aujourd’hui dans la même situation infernale que le cyclisme il y a vingt ans », selon l’un des experts interrogés dans le documentaire.

La tentation de se doper pour sortir de sa condition

Bien que dangereux pour la santé, le recours à ces produits est particulièrement tentant pour les nombreux jeunes Kényans qui se pressent aux entraînements près d’Eldoret, la Mecque de la course de fond, dans l’espoir de gains rapides. Dans ce prolétariat du sport souvent issu de zones rurales, une seule victoire dans un marathon international peut en effet permettre de sortir de la misère…

À trois semaines des championnats du monde de Pékin (du 22 au 30 août) ces révélations, qui ne sont pas nominatives, ont jeté le trouble sur l’ensemble des coureurs kényans, parmi lesquels d’irréprochables champions. Mais plutôt que d’annoncer des enquêtes pour faire le tri dans ses rangs, la fédération kényane d’athlétisme – dont le président, Isaiah Kiplagat, est candidat à un poste de vice-président de l’IAAF – a dénoncé un « reportage calomnieux […], extrêmement suspect et malintentionné ».

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