Rentrée littéraire : Toni Morrison en majesté

Toni Morrison, en février 2013. © Bebeto Matthews/AP/SIPA

Comme souvent chez Toni Morrison, le drame est une question de peau.

Avec God Help the Child, son onzième roman, traduit en français sous le titre Délivrances, le Prix Nobel de littérature 1993 s’interroge sur la manière dont la couleur de notre épiderme influe sur notre destin.

L’héroïne de son nouveau roman, Lula Ann Bridewell, est d’une beauté à couper le souffle. Et noire, très noire. Ses parents ont beau être africains-américains, ils sont beaucoup plus clairs, et son père ne peut l’accepter aussi sombre. Bride, comme elle se surnomme, devient alors l’étrangère, l’ennemie, au cœur même de sa propre famille… Plus tard, après avoir commis un acte terrible, elle connaîtra le succès et le pouvoir de la beauté.

Après l’excellent Home, l’auteur de L’Œil le plus bleu explore là l’un de ses thèmes favoris avec un texte tendu par une violence sourde, celle qu’impose aux corps et aux âmes le corps social. Roman choral donnant la parole à plusieurs personnages, Délivrances n’est pas dépourvu d’espérance. Comme Toni Morrison, qui déclarait récemment au magazine français Livres Hebdo : « Les lois ont changé, le racisme n’est plus acceptable. Mon père, qui est mort à la fin des années 1960, a vu, petit, deux hommes noirs se faire lyncher dans sa rue. » Les lois ont changé, en effet. Pour le reste…

 

Délivrances, de Toni Morrison, traduction de Christine Lafferrière, éd. Christian Bourgeois, 202 pages, 18 euros, à paraître le 20 août.

 

Délivrances, de Toni Morrison, traduction de Christine Lafferrière, éd. Christian Bourgeois, 202 pages, 18 euros, à paraître le 20 août.