VIH : vers la fin la pandémie ?

L'épidémie est en baisse constante depuis 2005. © AFP

L'Onusida vient de révéler des progrès exceptionnels dans la lutte contre le VIH. Mais la route reste encore longue jusqu'à l'élimination totale du virus, prévue pour 2030.

En Afrique subsaharienne, près de 11 millions de personnes infectées par le virus du sida sont soignées, contre seulement 100 000 en 2002. Un progrès considérable relevé dans le dernier rapport de l’Onusida, présenté le 14 juillet à Addis-Abeba lors de la Conférence internationale sur le financement du développement.

En quinze ans, le nombre de nouveaux cas a baissé de 35 % et celui des décès de 41 % dans le monde, tandis qu’au sud du Sahara la transmission de la mère à l’enfant a diminué de 64 % grâce aux traitements antirétroviraux. Les dernières thérapies ont aussi allongé l’espérance de vie, la faisant passer de 25 ans à 61 ans, « soit autant que celle d’un sujet sain », se réjouit le docteur Mbulawa Mugabe, directeur du département impact sur les pays et durabilité de l’Onusida.

Au Rwanda, 85 % des malades sous traitement ont une charge virale (quantité de virus contenue dans les liquides corporels) indétectable – pourcentage bien supérieur aux 50 % constatés à Paris.

Les efforts paient, mais la bataille n’est pas gagnée : sur le continent, 25 % des malades ne sont toujours pas soignés. Discrimination, stigmatisation, services hospitaliers de mauvaise qualité ou inexistants… les raisons sont multiples. Se protéger reste le rempart le plus efficace contre l’infection, mais il faut aussi inciter plus d’hommes à se faire dépister pour éviter les contaminations – notamment des jeunes filles – et, le cas échéant, à se soigner : des programmes de prise en charge des employés au sein de grandes firmes, dans l’industrie minière par exemple, connaissent un certain succès.

D’autres plans visent à rendre accessible le dépistage aux communautés rurales, et plus seulement en ville, tandis que certains pays expérimentent les autotests de séropositivité, à réaliser chez soi. Comme 83 % des personnes atteintes en Afrique subsaharienne souffrent aussi de la tuberculose, un double dépistage doit être proposé. Les réseaux sociaux sont également mobilisés pour sensibiliser et encourager les démarches individuelles et collectives.

Ces mesures, avec d’autres, pourraient ainsi contribuer d’ici à cinq ans à atteindre l’objectif des 90-90-90 de l’Onusida dans le monde : 90 % des personnes infectées doivent le savoir, 90 % doivent être traitées et 90 % de celles-ci doivent voir leur charge virale disparaître.

L’Afrique a réussi l’exploit de rompre le silence autour de la maladie et d’en briser la trajectoire épidémique

En parallèle, les chercheurs planchent sur un vaccin contre le sida. « En 2016, deux à trois des meilleurs candidats au monde seront testés sur des échantillons de 10 000 patients, assure Peter Godfrey-Faussett, conseiller scientifique de l’Onusida. Nous sommes confiants : d’ici à cinq ans, nous trouverons enfin le bon. »

Mettre fin à l’épidémie de sida d’ici à 2030 est ainsi l’ambitieux – mais de plus en plus réaliste – objectif final de l’Onusida. Pour Michel Sidibé, son directeur exécutif, l’Afrique a réussi l’exploit de rompre le silence autour de la maladie et d’en briser la trajectoire épidémique.

En Afrique du Sud, pays durement touché mais deuxième nation au monde à investir dans la lutte avec un budget de 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros), 3 millions de personnes sont désormais suivies, alors qu’elles n’étaient que 600 000 il y a cinq ans.

Reste que l’Afrique doit maintenant mettre au point sa propre thérapie pour gagner son indépendance, car 98 % des médicaments proviennent de l’étranger, et 75 % de la production mondiale est contrôlée par une poignée de firmes pharmaceutiques.

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