Tunisie : à 88 ans, Béji Caïd Essebsi fait figure de vieux sage

Béji Caid Essebsi, dans son bureau au Palais de Carthage, le 24 mars 2015 © Ons Abid/J.A.

Élu à 88 ans, Béji Caïd Essebsi a bénéficié de l'absence de relève politique. Mais ses électeurs l'espèrent trop âgé pour s'attarder au pouvoir.

À peine désigné Premier ministre, Béji Caïd Essebsi lançait, pince-sans-rire : « Je ne suis pas le seul à sortir des archives », une allusion à l’émergence de Rached Ghannouchi, 74 ans, sur la scène politique tunisienne en mars 2011.

L’arrivée des papis au pouvoir n’est pas étonnante : la relève politique a été laminée par Ben Ali au point que seuls les anciens de la génération Bourguiba peuvent se prévaloir d’une expérience de l’État et de la chose publique. Mais les Tunisiens ont été échaudés par la présidence à vie d’un Bourguiba vieillissant et par ses conséquences sur la conduite du pays. Depuis, la vieillesse de leurs dirigeants les interpelle, et la question a créé la polémique lors de la rédaction de la Constitution promulguée en 2014. La proposition de limiter l’âge des candidats à la magistrature suprême à 75 ans a suscité des controverses ; elle empêchait de nombreux hommes politiques, tel Mustapha Ben Jaafar, ancien président de la Constituante, de prétendre à la charge, et permettait aussi d’inquiéter Béji Caïd Essebsi qui, entre-temps, avait fondé avec succès le parti Nidaa Tounes et ne cachait pas ses ambitions.

Une révolution menée par des jeunes ne peut élire un octogénaire »

Finalement, cette motion – présentée par certains comme une tentative d’exclusion – n’a pas été retenue. Mais Béji Caïd Essebsi, qui avait postulé pour le palais de Carthage, a été contraint plus d’une fois de s’expliquer à ce sujet, ses détracteurs exploitant abondamment l’argument : « Une révolution menée par des jeunes ne peut élire un octogénaire. »

Béji Caïd Essebsi, qui allait fêter ses 88 ans entre les deux tours de la présidentielle, en novembre 2014, battait en brèche et faisait de son âge un signe d’expérience tout en se montrant pondéré et résolu face à l’impétuosité de ses adversaires. Mais cette position de vieux sage seule n’aurait pas suffi à lui donner la victoire. C’est son mandat de Premier ministre concluant en 2011 et son expérience politique qui ont été déterminants, d’autant que nul n’imagine qu’il briguera de nouveau la charge en fin de quinquennat. Il n’empêche : les Tunisiens s’inquiètent d’une éventuelle vacance du pouvoir et de la santé de leur leader – qui n’est pas dans l’obligation de communiquer un bulletin médical.

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