« L’Arabe du futur 2 » : l’enfance syrienne de Riad Sattouf

Couverture du second tome de L'Arabe du futur. © Riad Sattouf. Ed. Allary.

Le dessinateur Riad Sattouf est de retour avec le second tome de son autobiographie dessinée, "L'Arabe du futur. Une jeunesse au Moyen-Orient, 1984-1985".

En banlieue de Homs, la famille Sattouf s’installe en attendant des jours meilleurs. Le père du dessinateur est alors assistant à l’université de Damas, mais rêve de grimper dans la hiérarchie sociale et de construire une villa de standing « présidentiel ». Ce père aimé se perd entre délires mégalos, maladresses et rêves brisés. Après des études en France, il reste l’éternel étranger, soumis au regard cruel d’une élite syrienne repue et entièrement dévouée à Hafez al-Assad. Sa mère, bretonne, s’ennuie dans sa grande maison vide. Elle s’agace des contradictions dans lesquelles s’enfonce son mari. Un trait naïf et les à-plats de couleur rose ne suffisent pas à apaiser la tristesse sous-jacente que l’on perçoit dans le décor planté par Sattouf.

Dans la cour de récréation, les petits garçons jouent à la guerre contre Israël et sont déjà dressés pour obéir au « père fondateur ». En 1985, année où se situe le récit, soit quinze ans après son coup d’État, Hafez al-Assad sera d’ailleurs réélu avec 100 % des voix. Sattouf raconte l’épisode. La maîtresse d’école, en hijab et minijupe, ordonne aux enfants de crier « oui ! » à la réélection du « père de la nation syrienne ». Les jours ordinaires, du haut de ses talons aiguilles, elle donne des coups aux enfants sales et fait chanter l’hymne national de la Syrie à ses élèves apeurés.

Le petit Riad godille entre les deux cultures de ses parents, observe avec un regard acide le monde qui l’entoure. En dehors du cocon familial, la figure de l’adulte est vénale ou dominatrice. Il y a bien cette lointaine cousine, Leila, douce et bienveillante, qui donne à Sattouf ses premières ambitions de dessinateur. Célibataire, elle sera assassinée par son propre père pour avoir sali l’honneur de la famille. C’est les grandes vacances, il fait beau. Les enfants jouent dans les ruisseaux. Riad encaisse les insultes antisémites et se plonge dans la lecture des albums de Tintin. Des avions militaires survolent Homs, les enfants les saluent joyeusement. Ainsi se clôt ce deuxième chapitre de L’Arabe du futur, à l’image de son auteur : tendre, lucide et inquiet.

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L’Arabe du futur 2, de Riad Sattouf, éd. Allary, 160 pages, 20,90 euros.