« Dirtybiologie » et gastronomie de l’extrême, les animaux vus (et mangés) autrement

Tour du monde des espèces dégustées aux XVIIIe et XIXe siècles. © ILLUSTRATION DE SERGIO AQUINDO EDITIONS DU TRÉSOR

Saviez-vous que les hyènes femelles ont de faux pénis ou que les pieds de dromadaire sont exquis en vinaigrette ? Que vous soyez incollable ou non sur la faune, ces deux ouvrages vont vous surprendre.

Inutile de se cacher derrière son petit doigt, nous sommes tous bourrés d’a priori sur les animaux. La hyène est moche et cruelle, le roi lion règne en maître vénérable sur un harem de chasseuses et quand un guépard passe la cinquième, les gazelles fuient chacune pour soi en ordre dispersé… Allons, il est temps de ranger ces idées reçues dans votre musette et de remiser au grenier vos vieilles vidéos de National Geographic sur les merveilles du delta de l’Okavango.

Avec son livre Le Coup de la girafe, des savants dans la savane et les vidéos qu’il poste sur sa chaîne YouTube Dirtybiology, le jeune Léo Grasset a entrepris de décrasser notre vision du monde animal – auquel, cela ne fait aucun doute, nous appartenons aussi. Et pour ce faire, il a choisi non pas l’aridité d’articles ultrasérieux, mais un humour potache et bon enfant. « L’humour permet de rassurer le spectateur ou le lecteur, lui faire comprendre que ce n’est pas une leçon qu’on apporte mais un moment de détente… ça change tout ! » dit-il.

Détenteur d’un master en biologie évolutive et écologie, il se pose (en vidéos) des questions du genre « À quoi sert un pénis ? » (voir ci-dessous) ; « Que se passerait-il si la nature se rebellait ? » ; « Pourquoi n’y a-t-il pas des animaux avec des roues ? »… Aussi loufoques soient-elles, il y répond avec science et conscience. Son livre, plus axé sur l’Afrique, fait montre du même humour pour explorer des mystères aussi fondamentaux que ceux liés aux rayures des zèbres, au faux pénis des hyènes femelles, aux stratégies collectives des buffles et des éléphants, au sens de l’orientation implacable des bousiers, aux manipulations des topis mâles pour profiter du beau sexe ou encore au génie incomparable des termites. On croyait savoir beaucoup de choses, Léo Grasset démontre qu’on a encore beaucoup à découvrir, en particulier sur l’évolution. Tout n’a pas été dit sur le cou de la girafe ou, par exemple, sur la découverte de la cuisson par les humains.

Réduction de la taille des dents, gains de temps : « Quel que soit le moment où elle est apparue, la cuisson a eu de nombreux effets sur ses pratiquants : en effet, elle ramollit les aliments, rend disponibles les nutriments et réduit le temps de mastication et de digestion. »

Pour passer subtilement du coq (au vin) à l’âne (en saucisson), l’évolution de l’humanité au cours des siècles montre aussi une inventivité sans pareille de notre espèce quand il s’agit de se remplir la panse. Tous les animaux ou presque en ont fait les frais, et c’est avec grande jubilation littéraire qu’on peut le redécouvrir en lisant l’ouvrage de Bruno Fuligni, Les Gastronomes de l’extrême.

Fouillant dans les livres, l’auteur lettré est allé chercher des recettes improbables comme les papillons roussis à l’ail, les larves de hannetons en persillade, les pieds de dromadaire en vinaigrette ou la croustade d’estomac de requin chez une ribambelle d’écrivains explorateurs comme Alexandre Dumas, Marco Polo, Paul-Émile Victor, Ernst Manker, Alain Bombard et Hector France – ce dernier ayant rédigé, au début du XXe siècle, Les Horreurs de l’alimentation. Entre le biscuit de poisson yéménite, les petits blancs à l’eau-de-feu, la raie sauce noisette et le boucan de prisonnier de guerre, notre goût pour les animaux – et parfois même pour nos congénères – relève parfois de l’amour vache !