Fermer

Afrique de l’Ouest : pêche en eaux troubles

Par - à Pékin

Chalutier chinois dans le portde Dakar, en novembre 2014. © GUILLAUME BASSINET/GREENPEACE

Des entreprises d'État pillent en toute impunité les eaux d'Afrique de l'Ouest. C'est la grave accusation lancée, preuves à l'appui, par l'ONG Greenpeace.

«Pendant l’épidémie d’Ebola, la Chine a tendu à l’Afrique la main de l’amitié, explique Rashid Kang, un responsable de Greenpeace Asie. Mais dans le même temps, des entreprises chinoises peu scrupuleuses ont exploité illégalement l’environnement marin de l’Afrique de l’Ouest. Profitant de la faiblesse du contrôle exercé par les autorités locales et chinoises, elles ont porté préjudice aux pêcheurs locaux et à l’environnement. »

À Pékin, le 20 mai, lors d’une conférence de presse très médiatisée, l’ONG s’est efforcée d’en apporter la preuve : ces coupables activités sur les côtes africaines sont l’œuvre d’au moins soixante-quatorze chalutiers appartenant à trois grandes entreprises d’État. Falsification de tonnage brut, détournement des autorisations, pêche dans des eaux interdites… L’ensemble des documents récoltés au cours de deux années d’enquête a ainsi été mis sur la table. « Rien que l’an dernier, nous avons recensé seize cas de pêche illicite en Afrique de l’Ouest, nous précise Rashid Kang. Nous avons méticuleusement enquêté en dépêchant sur place notre principal navire, en organisant des surveillances par hélicoptère et en utilisant des radars et des liaisons radio pour suivre en temps réel les déplacements des chalutiers. »

Sans réponses

La plupart de ces derniers battent pavillon chinois. Beaucoup sont exploités par la plus grande entreprise du secteur : China National Fisheries Corp. (CNFC), dont le siège est à Pékin. Cette entreprise d’État, qui dépend du ministère de l’Agriculture, est spécialisée dans la pêche en eaux lointaines et exploite plus de 220 navires à travers le monde. Sa production dépasse 100 000 tonnes de poissons par an. Elle a envoyé ses premiers bateaux en Afrique de l’Ouest dès 1985.

Le nombre de mérous dans les eaux africaines a diminué de 80 % en deux décennies.

Pour Rashid Kang, les autorités chinoises sont assurément responsables : « Nous leur avons fait parvenir l’intégralité du dossier, avec l’ensemble des preuves ; nous attendons toujours leur réponse. » Greenpeace assure que des officiers chinois sont généralement à la manœuvre. Ceux qui travaillent pour CNFC viennent des provinces du Shandong et du Zhejiang (Centre-Est). Et les salariés des deux autres sociétés mises en cause, Lian Run et Boyuan, de la province du Liaoning (Nord). Les navires chinois revendent un tiers environ de leur production sur les marchés africains, où ils concurrencent donc directement les pêcheurs locaux. Ils exportent par ailleurs un tiers de leurs poissons en Europe et rapatrient le reste en Chine continentale.

Problème mondial

Les eaux poissonneuses d’Afrique de l’Ouest attirent les pêcheurs du monde entier. Les Chinois sont donc loin d’être les seuls mis en cause, même s’ils se montrent les plus actifs dans la zone. Au cours des quinze dernières années, Greenpeace a aussi dénoncé les pratiques de pêche illégales et destructrices des navires européens, russes et coréens.

« La pêche illégale est un problème mondial, confirme Rashid Kang. Mais elle est sans doute plus inquiétante en Afrique de l’Ouest qu’ailleurs, en raison du danger qu’elle représente pour la biodiversité et les économies locales. L’absence d’une gestion efficace des pêches dans certains pays de la région a permis aux entreprises chinoises de bénéficier d’une relative impunité. Il est temps que les gouvernements africains renforcent leur gouvernance et corrigent les insuffisances de leurs législations. »

La diminution des stocks de poissons en Chine et la passion des Chinois pour tout ce qui vient de la mer expliquent ces lointaines campagnes de pêche. Treize navires opéraient dans les eaux africaines en 1985, 462 navires en 2013. La plupart sont des chalutiers de fond particulièrement destructeurs. Ils sont de plus en plus imposants et mettent carrément en danger la survie des espèces. En deux décennies, la population de mérous a ainsi diminué de plus de 80 % !

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro