Interview

Bassem Loukil (TAEF) : « Faire des étudiants africains les ambassadeurs de la Tunisie sur le continent »

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Rencontré lors de la deuxième édition du Forum africain pour l'enseignement supérieur et la formation professionnelle (TAEF) dont il est l'initiateur, Bassem Loukil, PDG du groupe éponyme revient sur les ambitions de l'événement et ce qui a motivé sa création.

À travers son think-tank Tunisia-Africa Business Council (TABC), Bassem Loukil, PDG du groupe éponyme, organise depuis 2017 le forum Africain pour l’enseignement supérieur et la formation professionnelle (TAEF). L’an passé, l’événement avait fait émerger l’idée de l’ouverture des universités publiques aux inscriptions directes des étudiants étrangers prêts à payer. À terme, son ambitions est de faire de la Tunisie un pays novateur sur le sujet et attractif pour les étudiants du continent. L’homme d’affaires a rencontré Jeune Afrique Emploi & Formation lors de l’édition 2018 du TAEF qui s’est tenu à Tunis les 17 et 18 juillet derniers.

Pourquoi créer un forum centré sur l’enseignement supérieur et la formation entre la Tunisie et l’Afrique ?

La Tunisie a quitté l’Afrique pendant 30 ans. Il s’agit de reprendre pied sur le continent. Pas question de venir en conquérant : « Voilà ce qu’on veut vous vendre, venez acheter. » Il faut mettre en avant nos atouts, et l’enseignement supérieur est l’un d’entre eux. Avant 2010, nous avions 12 000 étudiants étrangers, nous sommes tombés à 4 000. Aujourd’hui, c’est environ 8 000, cela remonte, c’est bien mais nous avons la capacité de faire beaucoup plus. Les établissements privés peuvent accueillir 30 000 jeunes, par exemple. L’objectif c’est que les étudiants africains deviennent les futurs ambassadeurs de la Tunisie, de son savoir-faire et de son faire-savoir, sur le continent.


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C’est le think-tank TABC (Tunisian African Business Council) que vous dirigez qui est à l’origine de cet événement. Quelles sont les convergences entre le TABC et le Forum ?

Le TABC a une vocation économique. Il a été pensé par et pour les hommes d’affaires. Nos problèmes d’implantation en Afrique sont très concrets. C’est, par exemple, le manque de lignes aériennes et maritimes entre notre pays et le reste du continent. Cela relève de la volonté politique [la seule compagnie aérienne, Tunisair, est une société publique, Ndlr], mais c’est à nous, le privé, de montrer qu’il y a un intérêt à se repositionner en Afrique. Pour cela, comme je l’ai dit, il faut commencer dans ce qu’on fait de mieux comme l’enseignement supérieur. En fait, il faut voir ce forum comme un partenariat public-privé. Le TABC est là pour montrer aux décideurs publics invités [le ministre de l’enseignement supérieur et celui de l’emploi étaient présents, Ndlr] que le secteur privé de l’enseignement supérieur a des ressources et qu’il faut l’aider à prendre son essor. L’enseignement public aussi est reconnu, mais je vais être franc, s’il n’y avait pas le secteur privé, nous n’aurions pas organisé ces conférences sur deux jours.

Perdre nos meilleurs éléments, nos meilleurs informaticiens, oui, cela fait mal. »

L’objectif du TAEF est d’attirer les étudiants africains, mais, dans le même temps, de nombreux diplômés tunisiens quittent le pays. N’y-a-t-il pas une contradiction ?

Non car les deux ne sont pas liés. Aujourd’hui nous avons chaque année 80 000 diplômés alors que le pays crée 25 000 à 30 000 emplois annuels seulement. Le premier chiffre est dû à un boom démographique qui est connu et attendu depuis une dizaine d’année. Le second est la conséquence de l’échec des années Ben Ali. La croissance était de 5 %, 6 % mais ce n’était pas une croissance inclusive. Elle ne bénéficiait qu’à une dizaine d’hommes d’affaires. Je comprends que les diplômés au chômage depuis des années partent. Je vais être honnête, je préfère cela car ils aident plus le pays, même indirectement en envoyant de l’argent, qu’en restant ici à passer leurs journées dans les cafés et à être des proies pour les extrémistes. Par contre, perdre nos meilleurs éléments, nos meilleurs informaticiens, oui, cela fait mal. Mais la Tunisie est capable de garder ses cerveaux. Pour cela, il faut que l’État lève les obstructions administratives et de change pour permettre aux startups de s’épanouir ici.

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