Une vie au campus

Pria Ngambali, étudiante à l’Ucac-Icam au Congo et déjà inspirante

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Étudiante en deuxième année de la filière ingénieur généraliste à l’Institut Ucac-Icam de Pointe-Noire en République du Congo, Pria Ngambali est une forte tête qui n’a peur de rien. Surtout pas d’enfoncer les portes qu’on refuserait de lui ouvrir. Découvrez le premier portrait de notre série consacrée à la vie des étudiants sur les campus africains.

Le choix de ses mots et le ton de sa voix tranchent avec son air juvénile. À 20 ans, Pria Ngambali, Congolaise de Brazzaville, étudie l’ingénierie à l’Institut Ucac-Icam de Pointe-Noire et sait parfaitement ce qu’elle veut : “devenir ingénieure, entrepreneure et leader”.

Détermination

Dès son arrivée au sein de l’école d’ingénieurs française en 2017, Pria n’a pas perdu une minute. Avec une amie tout aussi déterminée “à devenir quelqu’un” et à changer son pays, elle est partie, CV en main, toquer aux portes des grandes entreprises de Pointe-Noire, une ville qui vit principalement de la manne pétrolière.

À force d’insistance et de négociations auprès des gardiens plantés devant les grilles des entreprises, Pria et son amie ont fini par décrocher un entretien avec une assistante RH d’Halliburton, une multinationale américaine spécialisée dans les services à l’industrie pétrolière. “Nous avons été acceptées après avoir fait plusieurs relances et continué les démarches sur le terrain. À l’époque, l’entreprise nous disait qu’elle ne prenait pas de stagiaire à cause de la crise. Nous avons été les premières recrutées. Neuf ont suivis après nous”, raconte Pria, fière d’avoir permis à d’autres d’en profiter.

L’argent au quotidien

Désormais en deuxième année, celle qui discute régulièrement avec deux ministres congolais sur Whatsapp continue de courir les entreprises, en quête d’une alternance. Cette dernière ne débute pourtant qu’en quatrième année, mais la future ingénieure veut absolument pouvoir financer la suite de ses études pour alléger la charge financière de ses parents. Son père, médecin retraité depuis 2017, et sa mère, qui fait quelques ménages, payent déjà l’éducation de ses deux frères. S’acquitter des 2 000 000 de F CFA par an sans l’aide d’un prêt étudiant – que le père a refusé lors de l’inscription – est une charge en plus non négligeable.

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Heureusement, un cousin, passé lui aussi par l’Ucac-Icam et devenu ingénieur chez Total, prend en charge la chambre qu’occupe l’étudiante sur le campus. Pour les repas et tout le reste, la populaire Pria peut compter sur la solidarité de son cercle d’amis. “J’ai besoin d’environ 3 000 F CFA par jour pour manger. Heureusement, j’ai beaucoup de grands frères ici. Je leur ai rendu service un jour, ils me rendent donc la pareille”, sourit-elle.

Brazza vs Pointe-Noire

Pria sort peu. Est-ce à cause de l’argent ou parce qu’elle s’impose une discipline de fer ? Toujours est-il que les activités organisées par l’école ne l’intéressent “pas trop”. “Certains sortent en boîte de nuit, mais je n’y suis pas encore allée. Je vais parfois aux soirées organisées dans le campus pour regarder les autres danser, mais en général je préfère rester calme à réfléchir ou passer du temps avec mon cousin”, confie-t-elle.

Ce dernier, avec qui elle passe la plupart de ses week-ends, joue un rôle de mentor. “J’aime beaucoup rester avec les grandes personnes, notamment mon cousin. Discuter avec ses amis est mon meilleur passe-temps, car j’apprends beaucoup”.

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Conscience sociale

Pria fait partie de ces personnes qui apprennent partout et tout le temps. À Brazzaville, elle côtoyait des familles en difficulté pour comprendre leur quotidien. À Pointe-Noire, elle observe les différences culturelles : “Dans la capitale, les gens sont plus sérieux et très scolaires. À Pointe-Noire, ils s’amusent beaucoup. Il y a plus de vie, plus de bars. Ici les filles se maquillent et prennent soin d’elles. J’ai beaucoup changé sur ce plan”, remarque-t-elle.

Le changement, la jeune Congolaise aimerait aussi le voir dans son pays. Si elle veut avant tout se consacrer à l’ingénierie de conception, celle qui cultive un militantisme social certain, n’écarte pas d’entreprendre un jour dans l’économie sociale et solidaire. Pas de charité pour autant. Ce qu’elle veut, c’est responsabiliser et “réveiller” ses semblables : “Mon objectif n’est pas d’aider directement les gens en difficulté mais plutôt de leur donner des clés et leur faire comprendre qu’eux mêmes peuvent faire changer les choses en se prenant en main et en travaillant”. Dans sa tête, les projets consacrés à l’agroalimentaire et la formation se multiplient.

Ingénieure, elle le sera sûrement. Entrepreneure, elle le deviendra peut-être. Mais ce qui est sûr, c’est que Pria Ngambali a d’ores et déjà un tempérament de leader.

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