Pour la première fois, une enquête d’opinion réalisée par l’Ifop pour Jeune Afrique auprès d’un échantillon représentatif des quelque 2 millions d’électeurs français d’origine africaine révèle leurs choix électoraux. Au regard des résultats, certains candidats, et non des moindres, feraient bien d’apprendre à leur parler…
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Ségolène Royal superstar
C’est l’enseignement majeur de ce sondage. Ségolène Royal est largement "élue" au premier tour par les Français d’origine africaine et quasiment plébiscitée au second, quel que soit le cas de figure. Avec, à chaque fois, un pourcentage très supérieur aux intentions de vote en sa faveur telles qu’elles ressortent des sondages effectués au niveau national : 57 % au premier tour (entre 24 % et 26 % selon les différents instituts) et 85 % au second contre Nicolas Sarkozy (entre 46 % et 50 % au niveau national). La candidate socialiste profite à la fois d’une tradition de vote à gauche bien établie au sein de la communauté d’origine africaine et d’un report des voix significatif des électeurs qui, en son sein, avaient voté pour Jacques Chirac au premier tour en 2002. Son électorat est majoritairement jeune (64 % de moins de 35 ans), légèrement plus féminin que masculin, d’origine nettement plus subsaharienne que maghrébine (seize points de différence) et de condition sociale modeste : sans emploi, artisans, ouvriers, employés. Sans doute est-ce pour cette dernière raison que la motivation première du vote Royal repose sur des préoccupations d’ordre social : la lutte contre le chômage, l’éducation et la protection sociale passent avant la lutte contre les discriminations.
Ils vont voter pour Ségolène Royal : les raisons de leur choix
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Sarkozy : le rejet
Avec 11 % des voix au premier tour (entre 26 % et 30 % au niveau national) et 15 % au second dans l’hypothèse d’un duel avec Royal (entre 50 % et 54 % au niveau national), l’ex-ministre de l’Intérieur arrive en troisième position dans les intentions de vote des Français d’origine africaine. Ce vote anti-Sarko, qui se mesure bien dans le report massif des voix de François Bayrou sur Ségolène Royal au second tour, n’est guère surprenant de la part d’une population très sensible au sort qui est réservé par l’administration et la police à ses "frères et soeurs" immigrés. Il démontre aussi que le discours développé par le candidat de l’UMP sur la fraternité républicaine et la mise en place de figures emblématiques comme Rachida Dati et Rama Yade ne suffisent pas (ou pas encore) à infléchir ce qu’il faut bien qualifier pour l’instant de rejet. Cela dit, le vote Sarkozy existe bel et bien, même s’il est très minoritaire. Il est majoritairement populaire, maghrébin, féminin et plutôt âgé (20 % de plus de 50 ans), ce qui n’étonnera pas au regard de la motivation principale de cet électorat : 26 % des pro- Sarkozy de notre échantillon représentatif des Français d’origine africaine avancent le thème de la sécurité pour expliquer leur choix.
Ils vont voter pour Nicolas Sarkozy : les raisons de leur choix
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Bayrou : l'alternative
Loin derrière Royal, mais à huit points devant Sarkozy, François Bayrou arrive en deuxième position parmi les neuf nominés de notre sondage. Il est en outre celui dont le score au premier tour (19 %) se rapproche le plus de son score au niveau national (entre 17 % et 20 %). Comme le centre dont il se veut l’incarnation, Bayrou bénéficie d’un vote plutôt équilibré en âge et en sexe et qui s’exprime surtout parmi les catégories socioprofessionnelles aisées ou moyennement aisées. Trois spécificités néanmoins : le caractère très "maghrébin" de ce vote à la fois imprécis et sophistiqué, la mise en avant du thème de la lutte contre les discriminations comme motivation principale du choix (l’image de tolérance de Bayrou passe bien) et le fort pourcentage (18 %) d’électeurs pour qui le fait de voter pour le candidat de l’UDF ne repose sur aucun enjeu particulier. Pour eux, la personnalité alternative et "troisième voie" de François Bayrou suffit. En cas de second tour où il serait présent face à Nicolas Sarkozy, Bayrou l’emporterait chez les Français d’origine africaine par un score équivalent à celui de Ségolène Royal (plus de 80 %), ce qui implique un très bon report des voix de cette dernière. Face à Royal, il perdrait largement (71 % contre 29 %), tout en ayant fait le plein des voix Sarkozy. Dans l’hypothèse Ségo-Sarko, enfin, l’essentiel des électeurs du candidat centriste voterait pour la première.
Ils vont voter pour François Bayrou : les raisons de leur choix
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Besancenot et Bové : la surprise
Le trotskiste Olivier Besancenot et l’altermondialiste José Bové réalisent dans notre enquête un score marginal, certes, mais égal, voire supérieur pour le second, à celui qui est le leur au niveau national. Le premier bénéficie d’un courant d’extrême gauche encore vivace au sein de l’immigration d’origine maghrébine, et le second de son image de tiers-mondiste antimondialiste parmi les originaires d’Afrique subsaharienne.
Il va voter pour Olivier Besancenot : les raisons de son choix
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Le Pen, Voynet, Buffet : le naufrage
Ce sont les moins de 3 % de notre sondage. On se doutait que l’écologie était considérée un peu comme un luxe de bobos occidentaux par une population confrontée avant tout à des urgences d’ordre social (Dominique Voynet : 0,5 %). On savait que l’archéo-ouvriérisme d’Arlette Laguiller n’avait guère de chance de séduire plus de 2 % (tous d’origine maghrébine) de nos électeurs. Mais on mesurait mal la perte d’influence du Parti communiste au sein d’une population où ce dernier jouissait, jusqu’aux années 1980, d’un prestige réel. Elle est abyssale, Marie-George Buffet ne réalisant que 2,5 % des intentions de vote, majoritairement chez les électeurs de plus de 50 ans. Quant à Jean-Marie Le Pen (12,5 % des intentions au niveau national, 1 % dans notre sondage), sa performance quasi nulle n’étonnera personne. Tout juste relèvera-t-on que ce 1 % se recrute surtout chez les originaires d’Afrique subsaharienne : fans de Dieudonné et sectateurs de la Tribu Ka ?
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Comment a été réalisé ce sondage ?
Du 7 au 9 mars 2007, l’Ifop a interrogé en face à face un échantillon de 526 personnes représentatif de la population française d’origine africaine (Maghreb et Afrique subsaharienne) âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales.
Compte tenu de l’absence de données officielles permettant d’établir la structure de cette population, l’échantillon utilisé dans le cadre de cette étude a été extrait d’un panel beaucoup plus large (plus de 20 000 électeurs considérés comme représentatifs) établi par l’Ifop pour réaliser ses enquêtes d’opinion.
Parmi ces électeurs, les Français (de naissance ou par acquisition) nés en Afrique ou déclarant avoir un parent (père-mère) originaire d’un pays d’Afrique, constituent la base de données actualisées auprès de laquelle a été réalisé ce sondage.
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Français d'origine africaine :
combien sont-ils ?
Faute de statistiques officielles, la population des citoyens français d’origine africaine "directe" (ce qui exclut bien entendu les ressortissants des DOM-TOM) n’est pas quantifiable avec précision. L’hypothèse la plus souvent retenue par les démographes est d’un peu plus de 3 millions de personnes, dont 2 millions d’électeurs.
Un chiffre loin d’être négligeable pour les candidats à l’élection présidentielle puisqu’il représenterait 4 % à 5 % du corps électoral français - soit l’équivalent du "vote paysan" par exemple, ou un tiers de plus que le nombre d’électeurs parisiens, ou encore le double du "vote antillais" et dix fois plus que le nombre d’électeurs vivant en Corse.
Parmi ces Français d’origine africaine, on estime que 60 % à 70 % sont issus du Maghreb (Maroc-Algérie-Tunisie) et 30 % à 40 % d’Afrique subsaharienne.
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Avertissement à l'usage des candidats
14 % des Français d’origine africaine interrogés par l’Ifop ne se sont pas prononcés – contre 3 % à 4 % lors des baromètres électoraux quotidiens réalisés auprès de l’ensemble de l’électorat français par les différents instituts de sondage.
C’est dire si la marge de manoeuvre à la disposition des postulants est encore importante. Sauront-ils la saisir ? Encore faudrait-il pour cela qu’ils sachent écouter cet électorat à la fois à part entière et entièrement à part. |
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