Sept ans après la guerre, Monrovia attend la « grande lumière »

Par AFP

Sept ans après la guerre, Monrovia attend la "grande lumière" © AFP

Des rues crevassées ont été réparées, des bâtiments repeints ont surgi auprès d'édifices délabrés. Mais sept ans après la fin de la guerre au Liberia, la très grande majorité des habitants de Monrovia vit sans électricité, frustrée par la lenteur de la reconstruction.

La capitale libérienne a oublié l’euphorie éprouvée en 2006, après l’élection à la présidence d’Ellen Johnson Sirleaf, première femme à diriger un pays d’Afrique.

Financés par les Etats-Unis et l’Union Européenne, des générateurs étaient installés à travers la capitale pour éclairer des rues, des centres d’affaires, des domiciles privés. Le projet avait été dénommé « Petite lumière aujourd’hui, grande lumière demain ».

Mais chez Foday Kamara, cordonnier de 27 ans, comme dans la plupart des foyers, la « grande lumière » n’est pas encore venue.

« Il n’y a pas du tout de courant. Nous ne pouvons pas utiliser de machines », explique Foday, qui répare donc les chaussures à la main. « Depuis la fin de la guerre, nous nous débrouillons, seulement. Nous vivons juste par la grâce de Dieu », ajoute cet homme dont les parents sont morts pendant la guerre civile (qui fit plus de 250. 000 morts, de 1989 à 2003).

Une fois le conflit fini, il a fallu rétablir une couverture d’électricité à partir de zéro, les rebelles ayant bombardé en 1990 l’usine hydro-électrique de Mount Coffee.

Aujourd’hui, « seule 5 à 10% de la population bénéficie de l’électricité », estime Augustus Goanue, de l’Agence de l’énergie renouvelable rurale (Rural Renewable Energy Agency), selon lequel « le réseau national se limite à Monrovia et a des capacités très basses ».

L’usine de Mount Coffee – actuellement en rénovation pour un coût de plusieurs millions de dollars financés par les Etats-Unis, ne devrait pas fonctionner avant 2012.

Et « il est difficile de fournir de l’électricité au même tarif qu’avant la guerre, du fait des coûts d’entretien et d’alimentation en carburant des générateurs, » argumente Joseph Myers, dirigeant de la Société d’électricité nationale (Liberia Electricity Corporation, LEC).

Quant à la présidente Sirleaf, candidate à sa succession en 2011, elle dit et répète que « l’électricité est une des premières priorités » de son gouvernement mais que sa production ne peut pas se faire en un jour. « Nous devons pouvoir mettre en place la production d’énergie, mettre en place la transmission, mettre en place la distribution », énumère-t-elle.

En attendant, Monrovia change petit à petit, ici et là. Un nouvel hôtel construit par des Chinois se dresse sur la route principale de Monrovia. On rénove des routes dévastées par les combats ou laissées à l’abandon. Et la plupart des quartiers ont maintenant l’eau courante.

L’extrême pauvreté saute cependant toujours aux yeux dans la capitale du Liberia où le taux de chômage serait de 80%.

Pour le ministre des Travaux publics, Samuel Kofi Woods, interrogé par l’AFP, « les infrastructures de base et les services publics sont devenus extrêmement limités, sapant ainsi les possibilités de croissance économique ».

« Il n’y a pas d’emploi », affirme de son côté Joseph, chômeur de 35 ans, jouant aux dames sur un vieux banc. « Ils nous ont dit que des compagnies arrivaient et qu’il fallait se préparer à chercher du travail, mais on ne voit rien venir, assure-t-il. Nous vivons juste sur des promesses ».