Delta du Niger: les fuites de pétrole « pires » que la marée noire du golfe du Mexique

Par AFP

Delta du Niger: les fuites de pétrole "pires" que la marée noire du golfe du Mexique © AFP

Les fuites de pétrole dans le delta du Niger ont des conséquences sur l'environnement bien "pires" que la marée noire de l'été dans le golfe du Mexique, avertissent ONG et l'ONU qui dénonce des "actes criminels organisés".

« La pollution dans le golfe du Mexique, c’est un +one shot+ (en un coup, ndlr). Dans le delta du Niger, c’est pire car les déperditions de pétrole — qu’elles soient liées à des actes criminels ou non — existent depuis des décennies », explique ainsi l’expert de l’ONG Greenpeace en Suisse, Nicolas de Roten.

« C’est peut-être moins impressionnant, mais les déversements d’hydrocarbures au Nigeria se produisent sur de très grandes distances et ont des conséquences majeures pour l’environnement et les habitants de la région », a-t-il ajouté.

Un constat partagé par l’ONU. Selon un responsable d’une étude du Programme des Nations Unies pour l?environnement (Pnue), réalisée à la demande du gouvernement nigérian, Mike Cowing, des milliers de kilomètres du delta sont souillés de pétrole, les réserves de poisson « virtuellement anéanties » et les nappes phréatiques gravement polluées.

Le pétrole « se répand dans l’estuaire depuis environ dix ans sans que l’on s’en préoccupe », explique M. Cowing, considérant ce désastre écologique comme potentiellement pire que celui du golfe du Mexique où l’explosion d’une plate-forme de la compagnie British Petroleum a provoqué la pire marée noire de l’histoire des Etats-Unis.

Pour l’expert, dont l’étude sera rendue publique en 2011, ces fuites sont d’autant plus inquiétantes qu’elles sont le fruit d’actes « organisés ».

Environ 90% du pétrole répandu dans l’Ogoni (sud du delta), « sont le résultat d’activités criminelles », a expliqué en août à l’AFP M. Cowing contacté par téléphone.

Selon des « estimations officielles du gouvernement du Nigeria » citées par le chercheur, seulement 10% des déversements d’hydrocarbures sont dus à des problèmes techniques.

« Les autorités du Nigeria doivent prendre au sérieux cette activité illégale qui, à mon avis, est organisée à plusieurs niveaux de la société nigériane », a insisté l’expert onusien.

Son enquête a pour l’instant permis de révéler que le pétrole récupéré dans les oléoducs est non seulement vendu en petites quantités sur le marché local, mais aussi transporté par camion citerne au-delà des frontières du Nigeria.

« Le plus inquiétant, c’est de voir de grands navires qui sont chargés (avec du pétrole) et escortés en mer », relève encore M. Cowing, estimant que ce commerce illicite « se chiffre en plusieurs milliards de dollars ».

Un porte-parole du Pnue, Nick Nuttal, a tenu à souligner que l’évaluation scientifique n’avait pour but de rechercher les coupables, mais de « localiser la pollution et fixer les priorités pour les opérations de nettoyage ».

Il n’en demeure pas moins que les spécialistes des matières premières abondent dans le sens de sabotages organisés en se basant sur la différence entre la production théorique et effective. Cette différence est, selon eux, bien trop importante pour être uniquement le fait d’actions de sabotages ponctuelles.

Le groupe pétrolier Shell a lui-même tiré la sonnette d’alarme en août en dénonçant une augmentation des actes de sabotages, prévenant qu’il ne pourrait en conséquence pas honorer certains contrats.

Les capacités de production du Nigeria sont évaluées à 3 milliards de barils par jour, explique ainsi l’analyste du courtier britannique PVM, Tamas Varga.

Or, en juillet le pays n’a produit que 2,28 millions de barils par jour, précise l’analyste, selon lequel le Nigeria « perd environ 53 millions de dollars par jour, un montant important ».

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