Nigeria : un nouveau scandale éclabousse la lutte anti-corruption du président Buhari

Par AFP

Le président nigérian Muhammadu Buhari lors d'une allocution à la Nation depuis le palais présidentiel d'Abuja, le 21 août 2017. © Bayo Omoboriowo/AP/SIPA

Muhammadu Buhari l'avait promis dès son élection à la présidence: il mènerait un combat sans relâche contre la corruption, le "cancer" qui ronge le Nigeria. Pourtant un nouveau scandale donne des arguments à ses détracteurs qui affirment que cette guerre ne s'applique pas dans son propre camp.

Depuis son élection en 2015, la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) révèle chaque semaine de nouvelles enquêtes, ouvre de nouveaux procès, gèle des comptes et des avoirs de personnes impliquées dans le détournement de milliards de dollars.

Au Nigeria, premier exportateur de pétrole avec une moyenne de 2 millions de barils par jour, la corruption a gangréné toutes les époques, et tous les gouvernements depuis les années 1960.

M. Buhari avait promis de mettre un terme à cette spirale infernale. Mais pour l’opposition, il s’agit surtout d’une « chasse aux sorcières » pour réduire ses ennemis au silence.

Le dernier scandale, « l’affaire Maima », fait la Une de tous les journaux nigérians depuis une semaine, et leur apporte de nouveaux arguments d’attaque.

Abdulrasheed Maina, originaire du nord musulman comme le président Buhari et nombreux de ses acolytes, est sous le coup d’une enquête de la EFCC depuis 2015: il est accusé d’avoir détourné deux milliards de nairas (4,8 millions d’euros) des fonds de pension de retraite des fonctionnaires durant la précédente administration de Goodluck Jonathan.

Des poursuites avaient été engagées, mais M. Maina avait aussitôt fui le pays. Un mandat d’arrêt international avait été émis par Interpol. Pourtant, la presse nigériane révèle cette semaine qu’il a continué à recevoir un salaire de l’Etat, malgré l’arrivée du président Buhari au pouvoir, et qu’il serait rentré secrètement au Nigeria, où il bénéficiait d’une escorte policière.

Selon des documents obtenus par la presse nigériane, le président Buhari était même au courant de sa présence sur le territoire, mais, sous la pression médiatique, a ordonné cette semaine son licenciement formel et son arrestation.

Trop tard, a aussitôt déclaré la EFCC: Maina est à nouveau en fuite.

« Hyènes » et « chacals »

Le Parti Démocratique Populaire (PDP, opposition) a sauté sur l’occasion pour dénoncer la lutte contre la corruption comme étant une « pure propagande ».

Ayodele Fayose, gouverneur de l’Etat d’Ekiti, qui a déjà présenté sa candidature pour la prochaine présidentielle de 2019, n’en attendait pas moins.

« Chers compatriotes, la lutte anti-corruption de Buhari n’est-elle pas comme si Satan accusait Judas d’avoir pêché? », a-t-il écrit sur son compte Twitter?.

Pour Clement Nwankwo, du Policy and Legal Advocacy Centre à Abuja, un organe de surveillance de la société civile, « la grande question est de savoir si le président a vraiment le contrôle sur son administration ».

« Est-il au moins au courant de ce qu’il se passe? », a-t-il interrogé.

Le président nigérian, âgé de 74 ans, a passé l’essentiel de l’année à Londres, pour un traitement médical. Pendant six mois, il a littéralement disparu de la sphère médiatique et politique, laissant les rênes du pays à son vice-président.

« J’ai bien peur que certaines personnes dans l’entourage de la présidence ait eu l’audace d’aider Maina à quitter discrètement le pays », confie M. Nwankwo à l’AFP. « Ou même qu’ils l’aient rémunéré sans même que le président n’en soit informé. »

« Etouffée »

A plusieurs reprises, l’épouse de M. Buhari a fait des déclarations dans ce sens. La première dame a récidivé en juillet dernier sur Facebook, mettant en garde les « hyènes » et les « chacals » qui rôdent autour de la présidence.

Plusieurs scandales ont émaillé les deux premières années du mandat Buhari. Début octobre, un ministre a même mis à jour de graves malversations financières au sein de la compagnie pétrolière d’Etat, dirigée par un proche du président.

En quelques jours, l’affaire a été étouffée.

L’affaire Maina n’arrange pas les choses. Pour Debo Adeniran du Centre pour la lutte anti-corruption et la transparence (Centre for Anti-Corruption and Open Leadership), c’est même « un immense embarras et une honte pour le Nigeria ».

« Continuer à payer Maina avec l’argent public bien qu’il soit directement accusé d’avoir détourné des pensions de retraites -destinés à des dizaines de milliers de personnes- pose vraiment la question de l’intégrité du président », poursuit M. Adeniran.

« Ou alors cela démontre qu’il est bien le seul à croire à cette croisade contre la corruption. »

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