Winnie Mandela : « La corruption est le maillon faible de l’ANC »

Par AFP

Winnie Mandela, ex-épouse de Nelson Mandela et le président sud-africain Jacob Zuma, le 30 juin 2017 à Johannesburg. © AFP / Mujahid Safodien

L'ex-épouse de Nelson Mandela, figure de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud, appelle à un "changement de leadership" à la tête du Congrès national africain (ANC) qu'elle juge affaibli par les accusations de corruption, dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique à paraître dimanche.

« La corruption, c’est le maillon faible de l’ANC », lance Winnie Mandela, dans une pique directe au président du pays et du parti, Jacob Zuma, mis en cause dans une série de scandales et qui doit normalement se retirer en 2019 à l’issue de son second mandat de cinq ans à la tête du pays.

« Il est plus que temps de changer de leadership si nous voulons continuer à gouverner ce pays. L’ANC a besoin de sang nouveau pour mener l’Afrique du Sud sur le chemin de la liberté », estime cette militante de 80 ans, harcelée et emprisonnée à plusieurs reprises entre 1960 et 1990.

Au pouvoir depuis la chute officielle de l’apartheid en 1994, l’ANC est affaibli par le ralentissement de l’économie sud-africaine et les divisions autour de la succession de Jacob Zuma.

Le parti de feu Nelson Mandela a essuyé un cinglant revers lors des élections locales de 2016, où il a dû céder à l’opposition le contrôle de plusieurs municipalités emblématiques, comme Johannesburg et Pretoria.

Mme Mandela ne se prononce pas sur son candidat favori à la direction du parti, qui doit élire son nouveau chef en décembre. Deux font actuellement la course en tête : l’actuel vice-président Cyril Ramaphosa, chef des frondeurs anti-Zuma, et Nkosazana Dlamini-Zuma, l’ancienne dirigeante de l’Union africaine (UA), qui a le soutien du chef de l’Etat, son ex-mari.

Mais elle estime vivre « l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de notre parti. L’ANC n’est pas parvenu à réussir sa mue, du mouvement de libération qu’il fut, avec tous ses rêves, en parti de gouvernement ».

« Très peu de gens ont réellement profité de la libération de ce pays : 53% des jeunes sont au chômage, un tiers de la population vit au niveau ou au-dessous du seuil de pauvreté », déplore-t-elle, en appelant à un « changement radical » à la tête du pays.

Pour l’ex-épouse de Nelson Mandela, connue pour ne pas mâcher ses mots, la nation Arc-en-ciel que ce dernier appelait de ses voeux, constitue « un mythe total », « un voeu pieu ».

« La réconciliation n’a été qu’une façade », assène-t-elle. « Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto. (…) Où est le changement ? »

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