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Dans les ténèbres de Freetown, un dimanche d’après inondations

Par AFP

Une femme prie à l'église catholique Saint Paul de Regent, en Sierra Leone, le 20 août 2017. © AFP / SEYLLOU

"Je ne vois que des ténèbres"... les fidèles de la petite église de Regent, faubourg de la capitale de la sierra-leonaise Freetown, étaient dimanche encore sous le choc des terribles inondations de la semaine dernière. Les secouristes, eux, tentent encore avec les moyens du bord de dégager des corps.

« Je ferme les yeux et j’imagine, je me dis que ça aurait pu être moi. Quand je veux me lever, je ne vois que des ténèbres… Ca aurait pu être moi, enterrée sous ces gravats », explique Angela Johnson, une paroissienne venue assister avec une cinquantaine de fidèles à la première messe à l’église Saint-Paul de Regent.

A l’extérieur, la colline autrefois recouverte de forêt porte toujours la large cicatrice rougeâtre de la catastrophe. C’est de là-haut que les terres gorgées d’eau par trois jours de pluie torrentielle se sont effondrées dans la nuit du 13 au 14 août et dévalé la pente jusqu’aux maisons en contrebas, piégeant des centaines d’habitants dans leur sommeil.

« C’était un sermon d’espoir et de consolation, qui rappelait que nous sommes une même famille, nous ne devons faire aucune différence et nous devons nous rassembler en tant que Sierra-léonais », a confié après l’office du matin le père John Nat Tucker.

Aidés par les chiens errants

La Sierra Leone, petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest et l’un des plus pauvres au monde, se relève difficilement de la pire catastrophe qu’a connue sa capitale, une ville surpeuplée de quelque 1,2 million d’habitants. Il y a deux ans, le pays avait déjà été durement frappé par une épidémie du virus Ebola qui avait fait 4.000 morts.

Le bilan officiel des inondations et glissements de terrain de lundi est de 441 morts, mais plusieurs centaines de personnes sont toujours portées disparues, selon un haut responsable de la Croix-Rouge à Genève. Les autorités sierra-léonaises ont pour leur part avoué ne pas être en mesure de donner une estimation du nombre de disparus.

L’aide internationale continuait d’arriver dimanche : un avion du Ghana a atterri avec des couvertures, des matelas, des vêtements, suivi par un avion marocain.

Mais sur le terrain, le manque de moyen se fait criant.

« Nous n’avons que huit excavatrices », difficiles à manoeuvrer sur un terrain boueux parsemé de rochers, explique le colonel Abu Bakarr Sidique Bah, des forces armées de la Sierra Leone.

Alors les secouristes se font « aider » par les chiens errants qui creusent le sol à la recherche de corps en décomposition, indiquant les endroits où fouiller.

« Nous n’avons pas d’hélicoptère, ou de chiens renifleurs entraînés, ni d’experts en médecine légale pour faire le travail », ajoute l’officier, qui parvient toutefois à « découvrir une dizaine de corps par jour » malgré ces difficultés.

Quand la zone est inaccessible pour les machines, les hommes creusent le sol avec des pelles, ou à main nue pour dégager des gravats des corps souvent dans un état de décomposition avancé.

Il ne reste rien

Lundi, quelques heures après la catastrophe, Thomas Benson, un ingénieur en électricité qui a perdu neuf membres de sa famille à Regent, a lui-même fouillé les décombres pour retrouver sa soeur et sa nièce, a-t-il confié à l’AFP.

De ce qui était sa maison, composée de cinq chambres et d’une épicerie au rez-de-chaussée, il ne reste rien. A peine reconnaît-il les tôles ondulées qui composaient le toit, tordues et éparpillées à la surface de la coulée de boue.

Après avoir vu les corps s’empiler à la morgue centrale de Freetown, l’ingénieur s’est porté volontaire pour aider les secours. « Je suis encore sous le choc de ce qui est arrivé à ma famille », raconte-t-il près d’une semaine plus tard.

Les habitants de Regent qui ont été épargnés ont quant à eux été priés d’évacuer la zone sinistrée, afin d’éviter d’être contaminés par les maladies qui surviennent habituellement après les inondations, comme le choléra ou les diarrhées.

Beaucoup de sinistrés vivent toutefois encore dans des conditions très précaires, chez des connaissances ou dans des centres d’accueil surpeuplés. Le gouvernement n’a pas encore précisé comment il comptait les reloger.