Mali : Aliou Mahamar Touré, ex-chef de la police islamique de Gao, condamné à 10 ans de prison

Par AFP

Une femme passe près d'une mosquée datant du 15è siècle qui avait été endommagée par des jihadistes en 2012, et qui a été reconstruite comme à l'ancienne. Photo prise le 19 septembre 2016 à Tombouctou. © AFP

La justice malienne a condamné vendredi à 10 ans de prison Aliou Mahamar Touré, surnommé le "coupeur de mains" de Gao, ville du nord malien contrôlée par les jihadistes entre 2012 et 2013 dont il était le chef de la "police islamique".

« La Cour déclare l’accusé coupable de tous les faits qui lui sont reprochées, mais avec des circonstances atténuantes, et le condamne à une peine de 10 ans de réclusion criminelle », a déclaré le président de la Cour d’assises à l’issue d’un procès qui s’était ouvert vendredi matin dans la capitale malienne.

« Je m’attendais quand même à une peine plus lourde. Les crimes de guerre sont établis (…) Mais c’est un procès pour l’Histoire. La Cour a reconnu coupable l’accusé », a réagi à l’issue du verdict prononcé dans la soirée un avocat des parties civiles, également président de l’Association malienne de défense des droits de l’homme (AMDH), Me Moctar Mariko.

« Je regrette la peine infligée à mon client. On n’a pas apporté des preuves irréfutables. En outre, de gros calibres impliqués dans des crimes au nord du Mali pendant l’occupation (des jihadistes) sont à l’air libre, alors que notre client n’était qu’un second couteau », a pour sa part déploré un avocat de la défense, Me Tiessolo Konare.

Arrêté en décembre 2013 par les forces armées maliennes, Aliou Mahamar Touré, « l’ancien commissaire islamique » de Gao, plus grande ville du nord du Mali, était notamment accusé d’avoir coupé une main à des voleurs présumés et fouetté en public des femmes qui ne portaient pas le voile islamique.

« Ce n’est pas moi. Ce sont des jihadistes mauritaniens, algériens et sahraoui qui coupaient les mains », avait affirmé Aliou Mahamar Touré lors d’unique audience de son procès.

Il répondait aux accusations des parties civiles qui ont défilé à la barre une bonne partie de la journée. Son procès est une première dans ce pays du Sahel où des groupes armés continuent à mener des attaques meurtrières.

Au moins huit de ses victimes présumées étaient présentes, face à un jury composé de quatre civils, du président de la cour et de deux magistrats assesseurs.

« J’ai été arrêté parce qu’on m’a accusé de vol. Aliou et ses compagnons m’ont donné de la drogue avant de couper ma main droite », a déclaré l’une d’elles.

« Les quatre enfants de mon grand frère ont été arrêtés par Aliou. Il n’a pas voulu les libérer, il a coupé lui-même leurs mains et pieds. Après il s’est promené avec les mains et les pieds », a témoigné une habitante de Gao, alors que l’accusé gardait la tête baissée.

Accusé également d’avoir fouetté en public des femmes qui ne portaient pas le voile islamique, Aliou est poursuivi pour « atteinte à la sûreté de l’Etat, coups et blessures, détention illégale d’armes de guerre et association de malfaiteurs ». Il risquait jusqu’à 20 ans de réclusion.

Redouté par la population

Originaire de Gao, Aliou Mahamar Touré était un pilier du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), un des groupes jihadistes qui a occupé le nord du Mali en 2012.

Reconnaissable par sa grande taille et son véhicule pick-up qu’il conduisait lui-même, Aliou Mahamar Touré, Malien le plus gradé dans les rangs des islamistes armés, était redouté par la population.

« Ici, c’est la charia (loi islamique) qu’il faut appliquer. C’est la loi de Dieu. Gao a quitté les mains de mécréants pour tomber dans les mains de Dieu. C’est au nom d’Allah que nous appliquons la charia », déclarait-il à l’époque à l’AFP.

Mausolées de Tombouctou

Le procès de Aliou Mahamar Touré s’est tenu au lendemain du jugement rendu par la Cour pénale internationale (CPI) déclarant un autre jihadiste malien, Ahmad al Faqi al Mahdi, coupable d’avoir provoqué pour 2,7 millions d’euros de dégâts en faisant détruire en 2012 des mausolées de la cité historique de Tombouctou (nord).

Ce Touareg né vers 1975 avait été condamné en septembre à neuf ans de prison par la CPI pour avoir « dirigé intentionnellement des attaques » contre la porte de la mosquée Sidi Yahia et neuf des mausolées de Tombouctou, classés au patrimoine mondial de l’humanité et détruits à coups de pioche, de houe et de burin.

En février 2016, la mythique cité a repris possession de ses sanctuaires, reconstruits à l’identique.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda à la faveur de la déroute de l’armée face à la rébellion à dominante touareg, d’abord alliée à ces groupes qui l’ont ensuite évincée.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en 2013, à l’initiative de la France, d’une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.

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