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12 janvier à Gao: Sidi arrosait ses arbres quand le ciel a tremblé

Par AFP

12 janvier à Gao: Sidi arrosait ses arbres quand le ciel a tremblé © AFP

"J'arrosais mes arbres dans la cour quand le premier bombardement a éclaté. J'ai lâché mes deux seaux et je suis rentré à la maison", raconte Sidi. Samedi 12 janvier, midi: l'aviation française commençait à pilonner les islamistes à Gao, dans le nord du Mali.

Sidi, journaliste, rencontré à Bamako, requiert l’anonymat. Preuve s’il en était besoin, que, même chassés de Gao par l’offensive aérienne française, les islamistes restent redoutés par la population de cette ville du nord du Mali.

« Ils ont visé la direction régionale des douanes, le quartier général d’Ansar Dine dans Gao. La maison tremblait, j’entendais tout, j’habite à 400 m », poursuit Sidi.

Gao est l’une des principales villes du nord du Mali, tombées il y a neuf mois aux mains de groupes islamistes armés, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ansar Dine (Défenseurs de l’islam) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao).

Les bombardements ont duré une heure. « Des passages d’avion, Ansar Dine réplique, puis dix minutes de calme, et un autre passage, et ainsi de suite ».

Sidi, sa femme et leur enfant de 7 ans restent terrés chez eux, ils ne sortent qu’en fin d’après-midi, bien après la fin des bombardements, « car les islamistes tiraient en l’air ».

« Nous nous souvenions de l’attaque du 31 mars 2012 des islamistes, beaucoup de gens avaient été tués par des balles perdues ».

Il poursuit: « quand j’ai entendu parler sonraï (langue locale) dans la rue, et non arabe, j’ai compris que je pouvais sortir ».

Sidi part à la direction générale des douanes, « constater les dégâts ».

« C’était un bâtiment de trois étages carrément pulvérisé, on voyait des 4×4 calcinés, j’ai compté une douzaine de tués. J’ai sorti mon téléphone, j’ai pris des photos ».

Fuite de la population arabe

Les habitants sont « aux anges », mais ont peur de manifester leur joie car des islamistes, à bord de pick-up, reviennent en ville pour leur demander d’aider à transporter cadavres et blessés à l’hôpital. « Nous sommes musulmans, nous respectons les morts », souligne Sidi, qui voit des dizaines de cadavres à la morgue.

Puis les habitants ont été appelés par les islamistes à se rassembler pour prier les morts, « tués par les mécréants ».

« Mais je suis sûr que sous les décombres, il reste des corps, ça sent », poursuit-il.

D’après Sidi, les victimes sont toutes des combattants islamistes: « les frappes étaient tellement bien ciblées qu’il n’y a pas eu un mort, un blessé parmi nous (les civils) ».

Un verger, qui servait d’entrepôt au Mujao pour des armes et munitions venues d’Algérie, a été « rasé ».

Sidi affirme que des enfants de moins de 15 ans sont recrutés par les islamistes. « Ils les paient bien, leur promettent le paradis s’ils meurent ».

Revirement de l’actualité, les islamistes demandent désormais aux femmes de ne plus se voiler, « car ils craignent que, sous les voiles, des soldats maliens ne se cachent », explique Sidi, qui poursuit: « même les jeunes se sont remis à fumer ».

Le lendemain, les islamistes quittaient la ville et tous « les Arabes locaux, complices des islamistes, ont vidé leurs magasins et ont fui ».

Il s’inquiète cependant pour Gao.

« La ville est prise en otage. Les frontières avec le Niger et l’Algérie sont fermées, nous n’avons plus de ravitaillement (farine, pâtes, huile, lait. . . ), on craint une famine ».

Il soupire, puis sourit: « Enfin, la nuit du 12 janvier, j’ai très bien dormi ».

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