Vidéo de massacre au Kasaï : Kinshasa admet des « excès »

Par AFP

Le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende, le 13 avril 2015 à Kinshasa,. © AFP/FEDERICO SCOPPA

Kinshasa a reconnu samedi que des soldats congolais avaient pu commettre des "excès" en réprimant une rébellion dans le centre de la République démocratique du Congo après la diffusion d'une vidéo mettant en cause l'armée dans un massacre de civils.

Interrogé par l’AFP sur ces images abondamment commentées sur les réseaux sociaux, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, les a d’abord qualifiées de « montages ridicules ».

Dans l’après-midi une « mise au point » du gouvernement reconnaît que des « accrochages […] entre une patrouille des FARDC » (Forces armées de la RDC) engagée contre le « groupe terroriste » Kamwina Nsapu et des assaillants porteurs d’armes de guerre, de chasse et d’armes blanches » ont eu lieu en décembre à Mwanza Lomba, village du Kasaï-oriental où la scène filmée est censée se passer.

Pour le gouvernement, le film, d’une durée de plus de sept minutes et dont l’AFP n’a pas été en mesure de déterminer la date de tournage, « est vraisemblablement un montage réalisé après ces accrochages par les pourfendeurs du gouvernement ».

« Tous les excès et abus signalés (imputés à) des éléments des FARDC dans cette opération » ont été « pris en charge conformément au code pénal militaire dès la fin de cette opération l’année dernière », et un officier et un sous-officier « en répondent d’ores et déjà devant la justice militaire », affirme le gouvernement sans préciser la juridiction devant laquelle comparaissent les deux hommes, ni les charges retenues contre eux.

Kinshasa, qui n’avait jusque-là jamais communiqué sur ces poursuites, estime « tardive, inutile et malveillante » la « dénonciation par les réseaux sociaux » des crimes qu’elles visent à juger.

Mwanza Lomba est situé au Kasaï-oriental, entre Mbuji-Mayi, capitale de cette province, et Kananga, la capitale du Kasaï-central voisin. La région est le théâtre depuis septembre d’une rébellion provoquée par un conflit entre le pouvoir central et un chef coutumier local, Kamwina Nsapu, tué en août par les forces loyalistes.

Partie du Kasaï-Central, la rébellion Kamwina Nsapu a progressivement gagné le Kasaï-oriental et le Kasaï-occidental. Les violences commises dans ce conflit ont fait au moins 200 morts.

« Vous mourez pour rien »

A en juger par sa qualité, la vidéo semble avoir été tournée à l’aide d’un téléphone portable par un membre d’une groupe de huit soldats en treillis parlant lingala (la langue en usage dans l’armée congolaise) et swahili (langue parlée dans l’Est du Congo).

Elle montre le petit détachement marcher sur un chemin vers un groupe de personnes à quelques dizaines de mètres chantant en tshiluba (langue parlée au Kasaï) « Notre terre, notre terre ».

Tombe un ordre : « Avancez ! tirez ! » Le peloton ouvre un feu nourri et progresse sans avoir besoin de s’abriter : personne ne réplique en face. Le feu cesse. Les hommes s’avancent et achèvent plusieurs personnes gisant au sol, en commençant par une femme. Ils insultent les cadavres, tiennent des propos obscènes en contemplant le sexe de deux femmes gisant à terre. La caméra s’attarde sur l’une d’elles en train d’agoniser. « Vous mourez pour rien, pour rien », dit un homme.

« Ici nous sommes au village Mwanza Lomba, nous les avons croisés aujourd?hui. Nous leur avons prouvé que la force reste à la loi. Ils sont nombreux mais on va les poursuivre jusqu?à l?infini », commente la personne qui tourne les images, « FARDC toujours au rendez-vous, voilà, nous faisons notre travail ».

La vidéo montre pas moins de vingt cadavres. Les femmes ont laissé échapper en tombant une balayette. Quelques hommes, certains la tête ceinte d’une tresse de liane, tiennent encore un lance-pierre ou un bâton.

Selon deux sources onusiennes, la Mission de l’ONU au Congo (Monusco) enquête sur cette « vidéo et d’autres allégations » sur qui se passe dans les trois Kasaïs.

Le 11 février, la Monusco a dénoncé « les atrocités commises par les miliciens Kamwina Nsapu » tout comme « un usage disproportionné de la force » par les FARDC, que l’ONU exhorte « à agir dans le respect des normes acceptables du droit national et international ».

Mercredi, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme s’est inquiété d’informations selon lesquelles l’armée congolaise aurait « tué plus de 101 personnes » lors d’affrontements au Kasaï-central entre le 9 et le 13 février.

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici