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Ghana : les femmes prennent le volant et leur vie en mains

Par AFP

Faith Lawson apprend à conduire dans le cadre d'un programme de formation lancé par une ONG ghanéenne, le 29 août 2016 à Accra. © AFP

Faith Lawson, à bord d'un large pickup gris, slalome en marche arrière entre des cônes, sur la terre rouge du parking d'un camp militaire d'Accra. Elle fait partie des 15 femmes sélectionnées pour un programme de formation à la conduite lancé par une ONG ghanéenne.

La jeune femme de 24 ans jette un coup d’oeil sur les rétroviseurs, avant de se garer sur le bas-côté, pendant que ses collègues observent sa manoeuvre avec attention.

Il y a deux mois encore, elle n’avait jamais touché un volant de sa vie et elle était effrayée par la seule idée de conduire, confie-t-elle. Mais aujourd’hui, avec l’aide de l’association Network of Women in Growth (NEWIG), toutes les participantes peuvent rêver d’en faire leur profession.

NEWIG, avec le soutien des Forces Armées du Ghana, a sélectionné ces 15 candidates pour en faire des conductrices professionnelles (chauffeurs privés, 4×4 pour les touristes…)

Pendant huit semaines, les 15 candidates apprendront la mécanique, à changer une roue ou à lire une carte routière.

Landzo-Wene Fiawomorm est originaire de Tefle, une petite localité sur le fleuve Volta, où les femmes d’habitude font le pain ou tiennent un stand au marché. A 21 ans, la jeune fille avait toutefois d’autres ambitions.

« J’ai toujours voulu conduire, mais on a cette perception que la conduite était un métier réservé aux hommes. Ma chance est venue d’apprendre. Je me suis dit que ce serait génial de faire ce programme », explique-t-elle. « Maintenant je suis convaincue que ce que les hommes peuvent faire, les femmes le font encore mieux ».

L’une de ses camarades, Regina Amoako travaille d’habitude à NEWIG comme agent de terrain. « Je me suis dit +pourquoi ne pas essayer?+ », dit-elle. Au mieux, elle pourrait devenir le chauffeur de l’association, et sinon elle pourra toujours se rendre au bureau par ses propres moyens.

Confiance en soi

Au-delà des cours de conduite, la formation comprend également des sessions de prévention aux violences domestiques, de planning familial ou d’ateliers pour renforcer la confiance en soi.

Mawusi Awity, 54 ans, a fondé NEWIG en 2002 pour donner une chance aux femmes marginalisées de s’en sortir par le travail. La directrice explique qu’au début de l’initiative, elle se concentrait sur les formations traditionnellement réservées aux femmes: la couture, l’artisanat des perles ou la restauration. Mais cette année, elle a décidé de se concentrer sur des professions mieux rémunérées: celles généralement réservées aux hommes.

Un rapport des Nations Unies de 2015 sur les disparités des genres dans le monde du travail indique que les femmes au Ghana travaillent plus longtemps que les hommes, mais gagnent moins qu’eux.

Comme dans de nombreux pays en développement, leurs emplois sont souvent informels et donc plus vulnérables et moins bien payés.

Ce rapport, qui cite des statistiques de 2009, souligne que le revenu national brut par habitant au Ghana s’élève à 4.515 dollars par an pour un homme, contre 3.200 dollars pour une femme.

Pour Mme Awity, encourager les femmes à conduire serait aussi un service à rendre à la société: « Statistiquement, les femmes sont moins souvent responsables d’accidents de la route. Nous avons remarqué que les hommes sont plus agressifs et les femmes plus vigilantes », argue la directrice de l’ONG.

En ce qui concerne les problèmes de sécurité routière, c’est l’armée ghanéenne, partenaire du programme de NEWIG, qui prend le relais. Et sur ce point, vigilantes ou non, les femmes reçoivent le même entraînement que les militaires.

En uniforme gris foncé avec des motifs rose, les candidates apprennent à discerner les dangers de la route, et entre deux séries de pompes ou de cours de self-défense, elles s’entraînent aux gestes de premiers secours.

?Leurs peurs ont disparu », assure Mme Awity avec fierté. « Je les sens plus confiantes, plus affirmées ».

Bientôt, certaines d’entre elles rejoindront Esenam Nyador, l’une des rares chauffeurs de taxi femme d’Accra. Il y a trois ans, cette mère de famille de 39 ans voulait devenir chauffeur routier, mais faute de formation adéquate, elle est devenue une célébrité dans les rues de la capitale.

Postée devant un centre-commercial, elle cible particulièrement une clientèle d’expatriés, et a surnommé son taxi « la voiture des Nations Unies ».

« C’est une manière de défier le statu quo de notre société et de faire bouger les lignes des genres », s’amuse la conductrice.

La jeune Landzo-Wene espère bientôt la rejoindre. Son plan de carrière est déjà tout tracé: elle commencera par conduire un taxi, puis un minibus, puis un bus, assure-t-elle. « Et je sais qu’avec mon ambition, un jour, je conduirai le président du Ghana… »

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