Politique

São Tomé-et-Príncipe vote sans suspense pour élire son président

Le front de mer de São Tomé, la capitale. © VINCENT FOURNIER/J.A.

Les Santoméens votent dimanche sans grand suspense pour élire le prochain président du petit archipel, avec un seul candidat en lice pour le second tour, à la suite du boycott du président sortant, qui dénonce des fraudes.

Modèle de démocratie en Afrique centrale, São Tomé-et-Príncipe, traverse une crise politique sans précédent en 25 ans de multipartisme, depuis le premier tour contesté de l’élection le 17 juillet.

Quelque 111.000 électeurs sont invités à choisir entre le candidat arrivé en tête du premier tour, Evaristo Carvalho (49,8% des voix), et le président Manuel Pinto da Costa (24,83%), selon les résultats officiels proclamés par le Tribunal constitutionnel.

Mais M. Pinto da Costa a déjà prévenu qu’il ne jouerait pas le jeu, réclamant l’annulation du premier tour après les revirements de la Commission électorale nationale (Cen).

Les résultats provisoires ont d’abord donné Evaristo Carvalho vainqueur dès le premier tour avec la majorité absolue (50,1%). La Cen s’est ensuite contredite, s’en remettant au Tribunal constitutionnel pour les scores définitifs.

« Continuer à participer à un processus électoral aussi frauduleux reviendrait à le cautionner », a répété vendredi le président sortant Pinto da Costa dans une communication à la nation. « Je m’y prête pas en tant que candidat, et encore moins en tant que président de la République », a-t-il ajouté.

Le Tribunal a rejeté la demande d’annulation de tout le processus électoral qu’il avait déposée avec la candidate arrivée troisième, Maria das Neves.

« L’abstention vainqueur »

Evaristo Carvalho a continué à faire campagne en encourageant « tous les Santoméens à exercer leur droit de vote le 7 août » pour confirmer sa victoire du premier tour.

La « non-participation » du président sortant, qui fêtait ses 79 ans vendredi, risque toutefois d’affaiblir la participation électorale enregistrée il y a trois semaines (64,31%).

« Je crois que l’abstention sera le grand vainqueur de ces élections marquées par la polémique », qui a engendré une certaine lassitude de la population, estime un sociologue santoméen, Olívio Diogo.

« J’ai honte de ce qui se passe à Sao Tomé en ce moment », souligne un autre électeur, Aguinaldo Garrido.

« Comme est-ce que le nouveau président pourra être légitimé ? », s’interroge cet ingénieur informaticien : « Les bureaux de vote seront composés uniquement des membres du parti de Carvalho, les autres partis ont abandonné ».

Favori depuis le départ, M. Carvalho est soutenu par le véritable homme fort du pays, le Premier ministre Patrice Trovoada, dont le parti, l’Action démocratique indépendante (Adi), est déjà majoritaire à l’Assemblée.

M. Trovoada, 54 ans, veut faire élire « son » candidat (Carvalho) pour mettre un terme à la « cohabitation » qu’il entretient avec le président Pinto da Costa (indépendant).

Comme au Portugal, l’ancienne puissance coloniale, le président arbitre mais ne gouverne pas, laissant la réalité du pouvoir au Premier ministre, dans ce petit pays pauvre d’environ 200.000 habitants indépendant depuis 1975, et qui dépend à 90% de l’aide internationale.

Par candidat interposé, M. Trovoada signe un nouvel épisode d’une rivalité familiale avec Manuel Pinto da Costa, qui remonte aux temps de l’indépendance.

Premier président pendant quinze ans après 1975, M. Pinto da Costa avait alors arrimé son pays au bloc soviétique, instaurant un régime marxiste avec parti unique sous la bannière du MLSTP.

Le régime de l’époque avait contraint à l’exil en France le père de Patrice Trovoada, Miguel, ex-compagnon de route tombé en disgrâce. De retour à Sao Tomé avec l’instauration du multipartisme en 1991, Trovoada père sera élu président à deux reprises jusqu’en 2001.

Depuis, le petit archipel fait figure de modèle d’alternance démocratique dans une région où les chefs d’État règnent souvent depuis des décennies, comme Teodoro Obiang en Guinée-Equatoriale (1979), Paul Biya au Cameroun (1982), ou Idriss Deby au Tchad (1990).

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