Au Kenya, la communauté somalienne craint des représailles

Par AFP

Au Kenya, la communauté somalienne craint des représailles © AFP

"Nous avons peur, plus que jamais", confie Mohamed Sheikh, un réfugié somalien vivant dans le camp de Dadaab, dans le nord-est du Kenya. Comme ailleurs dans le pays, la communauté somalienne craint des représailles après l'attaque meurtrière du Westgate de Nairobi.

L’immense complexe de camps de Dadaab, le plus grand au monde, situé à une centaine de kilomètres de la frontière somalienne, abrite dans des tentes de branchages et de plastique quelque 405. 000 personnes. Elles s’y réfugient régulièrement, fuyant conflits et sécheresses récurrentes dans leur pays, depuis que la Somalie a plongé dans le chaos il y a deux décennies.

Nombre d’entre elles haïssent les shebab, les insurgés islamistes somaliens qui ont revendiqué la longue et sanglante attaque du centre commercial Westage de la capitale kényane. Après ce carnage – au moins 67 personnes sont mortes et des dizaines sont portées disparues – le risque d’amalgame est, disent les réfugiés, encore plus grand qu’avant.

« Ce sont les shebab qui nous ont fait du mal en Somalie (. . . ) et ils nous suivent maintenant au Kenya », déplore Mohamed Sheikh. « Mais les responsables kényans ne voient pas la différence entre eux et nous ».

Les shebab disent avoir organisé l’attaque de Nairobi en représailles de l’intervention armée kényane lancée en Somalie en 2011. Depuis deux ans, les forces kényanes ont contribué à déloger les insurgés de tous leurs bastions du centre et du sud somaliens.

« Ils veulent nous diviser »

L’inquiétude ne gagne pas seulement les Somaliens de Dadaab. Tout le nord-est kényan est majoritairement habité par des Kényans d’ethnie somali.

Et à Nairobi, un quartier entier, celui d’Eastleigh, est surnommé « Little Mogadiscio » en référence à sa population, elle aussi majoritairement composée de Kényans somali ou de Somaliens.

« L’attaque est un grand problème pour nous. Nous aimons la paix et la communauté qui vit ici veut aussi la paix », explique Abdihakim Bidar, un homme d’affaires d’Eastleigh. « Mais les shebab veulent le chaos au Kenya, ils veulent nous diviser et déclencher une guerre entre les Somaliens et les Kényans ».

Pendant le siège du Westgate, des hommes d’affaires d’Eastleigh sont venus apporter nourriture et eau aux soldats et aux équipes médicales postés autour du bâtiment.

Des Kényans d’ethnie somali figuraient aussi parmi les forces de sécurité qui ont extrait des civils du bain de sang au plus fort des combats.

Les autorités kényanes, qui ont appelé le pays à l’unité dans cette crise, ont demandé aux différentes communautés de rester calmes. En annonçant la fin du siège, le président kényan, Uhuru Kenyatta, a lui-même appelé les gens à rester « tolérants, bienveillants, généreux et loyaux les uns envers les autres ».

Sur les réseaux sociaux aussi, des Kényans ont aussi appelé à l’unité.

Mais dans le passé, à la suite d’attaques à la grenade de bien moindre ampleur imputées à des sympathisants shebab, des organisations de défense des droits de l’Homme avaient déjà accusé la police kényane de harceler les réfugiés somaliens.

Plus tôt cette année, Human Rights Watch a même dénoncé des cas de viols de réfugiées somaliennes perpétrés par la police.

« L’année dernière, ma femme a été attaquée par un groupe d’hommes. (. . . ) Ils l’ont frappée parce qu’elle est d’origine somalienne », confie Abdihakim Bidar.

D’autres agressions similaires ont été signalées dans le nord-est, notamment dans la localité de Garissé, proche de la Somalie et régulièrement frappée par des attaques imputées aux shebab.

Ici, de vieilles craintes se ont resurgi durant les quatre jours de siège du Westgate.

« Quand les premières nouvelles sont tombées sur le siège du centre commercial, c’était inquiétant, mais quand les shebab l’ont revendiqué, ça l’a été plus encore », résume Mohamed Sulub, un commerçant de 40 ans.

« Nous sommes des gens innocents, mais les Kényans des autres tribus nous jugent malfaisants », regrette-t-il. « Nous ne le sommes pas, ce ne sont que les shebab qui n’ont aucune religion ni tribu ».

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