Afrique du Sud: les attaques xénophobes révèlent la face violente du pays

Par AFP

En Afrique du Sud, les attaques xénophobes ont augmenté ces dernières semaines. © AFP

La récente vague d'agressions xénophobes a écorné encore un peu plus l'image idyllique de la "Nation Arc-en-ciel" sud-africaine, qui peine depuis des années à concilier les idéaux légués par Nelson Mandela et une culture de la violence largement héritée de l'époque de l'apartheid.

« Cette Nation Arc-en-ciel qui avait suscité l’espoir du monde entier n’est plus désormais que l’ombre malsaine d’elle-même », a cruellement commenté l’archevêque Desmond Tutu, toujours conscience morale du pays malgré ses 83 ans.

En trois semaines, au moins sept personnes ont été tuées et des milliers ont fui leurs logements, dans la pire crise de fièvre xénophobe depuis les émeutes de 2008, qui avaient fait 62 morts. Comme par le passé, les incidents ont éclaté dans les quartiers pauvres, et les victimes sont des émigrés africains.

Tout le monde, du président Jacob Zuma aux observateurs les plus critiques, est d’accord sur le diagnostic: la pauvreté, le chômage et les espoirs déçus, vingt-et-un ans après l’avènement de la démocratie, sont le terreau sur lequel prospère la haine de l’étranger.

En Afrique, les réactions ont été vives. Des rassemblements de protestation ont eu lieu devant certaines ambassades sud-africaines et les milieux d’affaires au Cap ou à Johannesburg redoutent des représailles contre leurs intérêts sur le continent.

« L’image du pays est en lambeaux. (. . . ) On n’avait pas vu de semblables manifestations depuis que le mouvement international contre l’apartheid s’en était pris aux diplomates du régime », commentait vendredi le journal en ligne Daily Maverick.

Un constat terrible pour le pouvoir en place, qui fonde sa légitimité, aujourd’hui encore, sur sa lutte passée contre le régime ségrégationniste aboli en 1994.

La réconciliation nationale prônée par Nelson Mandela, premier président noir du pays, s’appuyait alors sur des valeurs universelles de pardon et de respects des droits de l’homme, qui semblent parfois bien loin dans l’Afrique du Sud du XXIe siècle.

Même si radio et télévision publiques ont commencé à diffuser des messages reprenant des citations célèbres de Mandela, dans le cadre d’une campagne contre la xénophobie.

– ‘Trop peu, trop tard’ –

Certes, le président Zuma n’a pas ménagé ses efforts depuis quelques jours pour rassurer l’Afrique, et pour énoncer une évidence: « Tous les Sud-Africains ne sont pas xénophobes. « 

Mais les critiques notent que sa première intervention publique pour condamner les violences date du 16 avril. Plus de deux semaines après le début des incidents à Durban (est).

« Le gouvernement a réagi trop peu, trop tard », titrait vendredi l’influent quotidien des affaires Business Day.

« La condamnation du gouvernement semblait davantage viser à apaiser le sentiment de culpabilité de la classe moyenne et les tensions diplomatiques, qu’à véritablement combattre la xénophobie et la violence qu’elle engendre », critiquait dans cet éditorial le professeur Loren Landau, spécialiste des questions migratoires à l’université du Witwatersrand, à Johannesburg.

Jeudi, une marche de quelques milliers de personnes à Johannesburg a tenté de mettre un point final à cette crise, en réaffirmant la solidarité des Sud-Africains avec leurs immigrés, à l’appel d’associations et de leaders religieux. Mais aucun responsable gouvernemental de haut rang n’a pris part à la manifestation.

Le président Zuma a toutefois engagé une réflexion en profondeur sur la nature de la société sud-africaine. Devant des cadres de l’ANC, le parti au pouvoir, il a déploré que la culture de la violence héritée de l’apartheid n’ait pas été assez combattue lors de l’avènement de la démocratie.

« En Afrique du Sud, nous avons eu un système nommé apartheid, qui était très violent. Pour l’abattre, nous avons dû être très violents aussi. Cette culture n’a pas été prise en compte », a-t-il dit.

Les partis anti-apartheid ANC et Inkatha, qui se battaient contre le régime, se sont aussi livrés une guerre fratricide au début des années 1990, une époque où les « ennemis » étaient parfois brûlés vifs, un pneu arrosé d’essence autour du cou.

L’Afrique du Sud reste l’un des pires pays au monde en matière de criminalité, avec 32 homicides pour 100. 000 habitants par an (la moyenne mondiale se situant entre 6 et 7, selon l’ONU).

Naïvement, le pays a pensé que la liberté apporterait naturellement la paix civile, a reconnu le chef de l’Etat. Dans l’euphorie de l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir en 1994, « nous avons adopté une Constitution excellente et nous avons cru que cette Constitution, ce document, allait résoudre le problème. Grave erreur », a-t-il admis.

En fin de semaine, après le déploiement de l’armée sur certains points chauds, le calme semblait revenu.