La force navale antipiraterie de l’UE commence ses opérations

Par AFP

L'Union européenne (UE) a lancé lundi la première opération navale de son histoire, dont la mission complexe est de neutraliser les pirates somaliens qui multiplient les attaques de navires et élargissent au fil des mois leur rayon d'action dans l'océan Indien.

Au moins huit pays – Allemagne, Belgique, Espagne, France, Grèce, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède auxquels se joindra peut-être le Portugal- participent à l’opération « Atalante », sous le commandement d’un officier britannique, le vice-amiral Phillip Jones.

« Cette opération, sous commandement britannique, permettra, je l’espère, d’établir les prémices d’un ordre international des mers qui sont vitales pour commercer autour du monde », a déclaré lundi à Bruxelles le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband.

Installé à Northwood, au nord de Londres, sur une base navale servant à la Royal Navy et à l’Otan, le QG d' »Eunavfor Atalanta » compte 80 officiers.

Une vingtaine de militaires assureront la logistique à Djibouti et un bon millier de marins navigueront au large de la Somalie et dans le golfe d’Aden.

Agissant sur mandat de l’ONU, la flottille de l’UE va escorter les navires du Programme alimentaire mondial (PAM) qui livrent une importante aide humanitaire à la Somalie et patrouiller pour dissuader les pirates d’attaquer les navires marchands, voire faire feu sur eux s’ils passaient outre.

Les attaques se sont multipliées cette année au débouché du détroit de Bab el-Mandeb par lequel passent 12% du commerce maritime et 30% du pétrole brut mondial.

Pour Atalante, « le problème est que les pirates ne s’attaquent plus uniquement aux bateaux au large de la Somalie mais vont plus loin à l’Est et au Sud, où il n’y a pas de protection navale », relève Noel Choong, directeur du Centre d’observation de la piraterie du Bureau maritime international (BMI).

« Maintenant, il y a des attaques au large de la côte du Kenya (. . . ) et ils vont même jusqu’au large de la Tanzanie », indique-t-il, qualifiant cette évolution de « très inquiétante ».

Une trentaine de cargos ont été détournés en 2008, le double de l’an dernier.

Si elle démarrait officiellement lundi, Atalante ne sera pourtant pas immédiatement opérationnelle. Le navire amiral grec qui prendra le premier le commandement embarqué de la mission ne doit partir du Pirée que mercredi et arriver sur zone vers le 16.

Le premier défi pour les frégates européennes est d’assurer l’ordre sur une surface d’un million de km2. La composition de convois dans des couloirs de navigation bien délimités devrait faciliter sa mission.

Les pirates somaliens ont cependant montré que face à une concentration de bateaux de guerre, ils attaquaient des navires isolés à bonne distance du corridor protégé.

L’Association des armateurs européens (ECSA) a demandé à l’UE de protéger les bateaux les plus « vulnérables », ceux dont le pont est bas et donc facile d’abordage, ainsi que les plus lents.

Atalante devra aussi surmonter un casse-tête juridique autour de l’arraisonnement, l’arrestation et le jugement des pirates.

Dans le cas d’une attaque de pirates contre un bateau battant pavillon libérien avec des équipages multinationaux, l’intervention d’un navire de guerre d’une tierce puissance peut créer un imbroglio juridique tel que le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a fait appel mercredi au Conseil de sécurité des Nations unies pour le démêler.

Au regard de leur législation nationale, quatre pays de l’UE seulement (Allemagne, Finlande, Pays-Bas et Suède) se sont dits en mesure d’arrêter et de juger des pirates. Et encore ne voudront-ils le faire qu’au cas par cas, a souligné un responsable européen.

Du coup, l’UE a engagé de discrètes négociations avec des voisins de la Somalie, Djibouti et le Kenya, pour voir s’ils accepteraient de se faire remettre et de juger des pirates pris en flagrant délit par Atalante.