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13/08/2013 à 11:02
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Nigeria: un mois après, un massacre de lycéens hante les esprits Nigeria: un mois après, un massacre de lycéens hante les esprits © AFP

Malam Ahmad joint les mains à la vue des murs soufflés du lycée du nord-est du Nigeria où plusieurs dizaines de jeunes gens ont été tués le mois dernier.

"Nous sommes encore sous le choc de l'attaque", dit ce professeur qui enseigne l'anglais depuis l'ouverture de l'établissement il y a treize ans.

Le 6 juillet en pleine nuit, des membres présumés du groupe islamiste Boko Haram ont lancé l'assaut contre le village de Madudo et son lycée, à environ cinq kilomètres de la ville commerçante de Potiskum, dans l'Etat de Yobe, un des foyers de l'insurrection.

Quand le raid mené avec des armes à feu et des explosifs a pris fin, 41 lycéens et un professeur étaient morts dans cet établissement qui accueille 3. 000 jeunes.

Des responsables locaux assurent que les éducateurs vont poursuivre leur mission malgré cette tuerie et l'armée, qui a lancé une grande opération anti Boko Haram dans la région en mai, y voit la preuve que les insurgés en sont réduits à des "actions désespérées".

Mais plus d'un mois après les faits, la peur est toujours là et les écoles du Yobe ont été fermées jusqu'à septembre pour renforcer la sécurité.

"Tous les soirs, je m'endors en pleurant", raconte Bello Sani, 17 ans, un des survivants de l'attaque.

"On a rejoint les autres dans la brousse"

"Nous avons été réveillés par le vacarme des fusils et des explosions", dit-il à l'AFP au milieu des ruines d'un dortoir du lycée visé.

"On a vu tout à coup des lycéens courir vers la brousse. Nous nous sommes précipités hors de la salle et on a rejoint les autres dans la brousse. On a continué à courir jusqu'à ce que l'on se soit enfoncés loin dans la brousse", se souvient-il.

Ils y sont restés cachés jusqu'au lendemain et ce sont les soldats qui ont fini par les trouver.

Un autre professeur, qui ne donne que son prénom, Lawan, ajoute que des élèves lui demandent quand le lycée rouvrira.

"Ca fait chaud au coeur et ça remonte le moral", dit-il.

Boko Haram, un groupe islamiste armé dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché" en haoussa, n'en n'est pas à sa première attaque d'école.

Selon le gouverneur du Yobe, Abubakar Aliyu, 209 établissements scolaires ont été incendiés par les islamistes entre novembre 2011 et juin dernier.

Mais les militants islamistes y mettaient généralement le feu la nuit, ne faisant qu'un nombre limité de victimes.

L'attaque du lycée de Mamudo et de deux autres établissements de la région au cours des dernières semaines semble signaler une nouvelle phase de l'insurrection face à l'offensive lancée par l'armée dans les Etats du Yobe, Borno et Adamawa, tous situés dans le nord-est du Nigeria et où l'état d'urgence a été proclamé.

"Des années en arrière"

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau a déclaré dans un message vidéo que son groupe soutenait "l'attaque de cet établissement d'éducation occidentale à Mamudo" tout en affirmant ne pas en être le commanditaire. "Nous n'attaquons pas les élèves", a-t-il affirmé.

Pour Abdullahi Bego, porte-parole du gouverneur du Yobe, cela ne fait guère de différence.

"Nous savons que les terroristes veulent nous ramener des années en arrière", dit-il.

L'armée de son côté estime que Boko Haram cible les écoles en réponse à la formation de milices d'auto-défense dans la population.

"Ils sont prêts à tout car ils sont affaiblis par les opérations militaires en cours qui ont détruit leurs camps et porté un sérieux coup à leurs capacités", dit le lieutenant-colonel Sagir Musa, un porte-parole régional.

Abubakar Mallum, chef des milices de la ville de Maiduguri, le fief historique de Boko Haram, renchérit. "Nous savons que les attaques d'écoles ont pour but de nous déstabiliser et nous faire renoncer à extirper les membres de Boko Haram" de la région, dit-il.

"C'est trop tard parce chacun a choisi son camp et que l'on ne reviendra pas en arrière", ajoute-t-il.

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