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02/05/2013 à 11:06
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Centrafrique: à Bangui, la vie économique reprend, mais 'l'argent manque' Centrafrique: à Bangui, la vie économique reprend, mais "l'argent manque" © AFP

"Vous nous voyez vendre au marché, mais c'est avec la peur au ventre que nous sommes là". A Bangui, un mois après la chute du président François Bozizé, renversé par les rebelles du Séléka, les commerçants hésitent encore à exposer les marchandises, de peur d'être dévalisés par les pillards.

"Le Séléka patrouille sans cesse autour de nous ici. Hier, trois hommes armés sont venus braquer un vendeur de crédits de téléphone. Ils ont pris trois téléphones portables et une somme d'argent, après avoir prétexté que le jeune vendeur est un militaire", enrage Annette Ngozo, qui vend des légumes au marché du "PK5" (point kilométrique 5).

La vie économique reprend doucement, et on trouve désormais à peu près tous les produits de première nécessité sur les étals colorés des marchés de la capitale: "de l'huile, du savon, du poisson fumé, du riz. . . ", énumère Gladys Guimaré, qui vient faire ses courses au marché Sambo, dans le 3e arrondissement.

Mais "c'est l'argent qui manque", explique cette mère de famille, tandis les commerçants se plaignent des faibles ventes.

"J'ai ouvert depuis 7 heures du matin, mais à midi, j'ai difficilement 3. 500 francs CFA (5 euros) dans mon coffre. C'est lamentable. Les fonctionnaires ne sont pas payés, l'argent ne circule pas. On ne sait pas ce qu'on va devenir si la situation du pays ne s'améliore pas", s'inquiète Anour Tokis, délégué des commerçants du marché central.

Mardi, beaucoup de fonctionnaires à qui on avait promis le paiement de leur salaire du mois de mars sont rentrés chez eux déçus. "Je n'ai rien eu après une longue file d'attente à la banque. L'argent n'était pas disponible sur le compte pour nous permettre de faire le retrait, pourtant on nous a dit qu'on devrait être payés", explique Serge Ngouandji, chauffeur dans une administration.

"Nous sommes fauchés. Nous ne pouvons plus tenir le coup. Pas d'argent. Nos familles souffrent. On ne sait pas quand les salaires vont être payés", renchérit Olivier Darnaye, un employé du ministère des Finances.

Le nouveau président Michel Djotodia avait annoncé fin avril que les difficultés économiques seraient immenses pour son pays, déjà parmi les plus pauvres du monde. "Les caisses de l'Etat sont vides", avait-il prévenu.

Et dans les administrations, peu de gens ont repris le chemin du bureau. Au ministère de la Justice, la plupart des bureaux affichent porte close. Me Fernand Ndjapou explique: "il n'y a personne, sauf les magistrats et avocats qui sont en assemblée générale. Et même si les salaires étaient payés, il va falloir désarmer tous les hommes en armes avant que nous ne reprenions le travail".

Les combattants rebelles qui ont porté Michel Djotodia au pouvoir demandent eux aussi à être payés, et les opérations de désarmement et de cantonnement du Séléka se font attendre.

A Bangui, la situation s'est considérablement dégradée ces dernières semaines. Les habitants sont excédés par l'insécurité et les pillages auxquels se livrent certains éléments du Séléka et des bandes armées.

"Comment voulez-vous qu'on reprenne le travail pendant qu'une partie de nos locaux est occupée par des éléments du Séléka encore armés et qui continuent de menacer?", demande Léon Modomalé, chef de service à la direction de Lutte contre le paludisme.

Dans le commissariat du 1er arrondissement de Bangui, les policiers sont tout aussi dubitatifs. "Nous avons suivi l'appel de notre ministre, nous nous sommes présentés à notre lieu de travail. Mais avec quoi et dans quelles conditions allons-nous travailler quand vous-même vous voyez que tout est détruit. Nous n'avons aucun moyen de travail en ce moment", murmure un agent sous couvert d'anonymat.

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