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20/02/2013 à 11:40
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Au Cameroun, des frontières-passoires pour islamistes, braconniers, trafiquants Au Cameroun, des frontières-passoires pour islamistes, braconniers, trafiquants © AFP

L'enlèvement mardi au nord du Cameroun de sept Français, attribué par Paris à un groupe islamiste en provenance du Nigeria voisin, où seraient actuellement retenus les otages, relance la question de la porosité des frontières dans cette région du monde.

Si l'enlèvement des touristes français, le premier du genre au Cameroun, a pu choquer dans ce pays habituellement calme, "cette prise d'otages ne me surprend pas véritablement dans la mesure où depuis des années, la frontière qui sépare le Cameroun du Nigeria, et de manière plus générale les frontières dans le bassin du Congo, sont régulièrement transgressées", souligne Dr Abdouraman Halirou, universitaire, spécialiste des questions frontalières.

"C'est une zone où il y a beaucoup d'insécurité avec la réalité ancienne et actuelle des coupeurs de route et surtout de nos jours des preneurs d'otages" souligne-t-il.

Quelques heures à peine après l'annonce du kidnapping de la famille de touristes français mardi, parmi lesquels quatre enfants, le président François Hollande affirmait que "la plus grande probabilité, c'est qu'ils soient emmenés au Nigeria", à quelques encablures de Dabanga où a été retrouvé le véhicule des otages.

"Les ravisseurs ont traversé la frontière du Nigeria avec leurs otages", a confirmé dans la soirée de mardi le ministère des Affaires étrangères camerounais.

La secte islamiste nigériane Boko Haram, soupçonnée par le président français d'être à l'origine de la prise d'otage, ne franchit pas la frontière pour la première fois. Déjà en janvier 2012, certains de ses membres, dont les actions violentes ont fait des centaines de morts dans le nord et le centre du Nigeria depuis 2009, avaient été signalés dans l'extrême-Nord du Cameroun, ainsi qu'à Douala (sud), la capitale économique du pays.

La faible capacité de réponse

Alors, certains remettent en cause la capacité des forces camerounaises à sécuriser leurs frontières.

"Cet enlèvement de Français remet gravement en cause l'efficacité des forces sécuritaires camerounaise. A Dabanga (le rapt a eu lieu à 7 km de là), on est à environ 500 mètres du Nigeria. Il y a un poste frontière à Dabanga et tout le long de l'axe principal il y a des forces de sécurité", s'étonne un expatrié de la région.

"Au Cameroun, nous sommes assaillis. Nous sommes très mal situés (à la frontière du Tchad, Centrafrique, Nigeria, Congo. . . ) La porosité des frontières n'est pas une nouveauté (. . . ) et on ne peut pas disposer d'hommes partout pour surveiller les frontières", estime un responsable de l'armée camerounaise sous couvert d'anonymat.

Et les sectes islamistes ne sont pas les seules à franchir aisément la frontière camerounaise. Le dernier exemple en date de la difficulté des autorités à sécuriser le territoire: les actes de braconnages perpétrés dans le parc naturel de Bouba N'Djidda.

Début 2012, des braconniers en provenance du Tchad et du Soudan ont voyagé sur plus de 1. 000 km à travers la République centrafricaine voisine pour massacrer plus de 300 éléphants, selon les ONG.

Face à des braconniers équipés d'armes de guerre, de kalachnikov et de pistolets automatiques, il avait fallu plusieurs mois et plusieurs morts côté camerounais pour que le gouvernement se décide à déployer des soldats dans la région.

En Afrique, l'argent issu de ce trafic sert à financer divers groupes armés, estime le WWF international tels que l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony, une des rébellions les plus sanglantes d'Afrique centrale.

Mais le trafic se déroule également dans le sens inverse, lorsque le diamant centrafricain se revend en toute quiétude et en toute illégalité sur le marché camerounais.

"Il existe (au Cameroun) une quantité importante de diamants en provenance de RCA (République centrafricaine)", indique le Réseau de lutte contre la faim au Cameroun (Rélufa) dans son étude sur l'artisanat minier.

Les opérateurs centrafricains, ainsi que ceux du Cameroun organisent des transactions au noir notamment dans des marchés frontaliers, principalement dans le département de la Kadey (est du Cameroun), souligne l'étude réalisée dans ce département.

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