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01/02/2013 à 12:44
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Maroc: les islamistes à l'épreuve de réformes sociales à haut risque Maroc: les islamistes à l'épreuve de réformes sociales à haut risque © AFP

Le gouvernement islamiste du Maroc, relativement populaire un an après son arrivée aux affaires, aborde une période charnière avec deux réformes sociales à haut risque à son agenda portant sur les retraites et la subvention des produits de grande consommation.

Mercredi à Rabat, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, leader du parti Justice et développement (PJD), s'est penché avec les syndicats et le patronat sur l'avenir des régimes de retraite.

Lors de récentes questions au Parlement, il a déjà prévenu que le système actuel était à bout de souffle: la caisse des retraites (CMR) a basculé dans le rouge et ne sera plus viable d'ici la fin de la décennie, en l'absence de mesures drastiques, a-t-il relevé.

Les causes sont connues --avec notamment un rapport démographique cotisants/bénéficiaires de plus en plus défavorable-- tout comme les solutions, tel un relèvement de l'âge du départ à la retraite (jusqu'à 67 ans contre 60).

"Je ne renoncerai pas à la réforme (. . . ) quel que soit le prix à payer", a promis le chef du gouvernement.

Mais plus encore que les retraites, c'est la question du sort de la caisse de compensation qui se pose avec acuité.

Cette réforme "est urgente", a clamé une équipe du Fonds monétaire international (FMI) lors d'une récente visite, et pour cause: les chiffres de cette caisse subventionnant les produits énergétiques (pétrole, gaz) et de première nécessité (pain, sucre) donnent le vertige.

En 2012, elle a englouti plus de 50 milliards de dirhams (environ 4,5 milliards d'euros), contre seulement quatre mds (350 M EUR) en 2002.

Cette somme représente 20% du budget de l'Etat et 6% du PIB du Maroc, soit à peu de choses près son niveau actuel d'endettement.

En 2009, dans un rapport, l'actuel ministre de l'Economie Nizar Baraka jugeait déjà la réforme "impérative, pour ne pas dire urgente".

Mais le dossier est socialement explosif, puisqu'il revient dans les faits à une hausse sensible des prix (jusqu'à 7% d'inflation selon des études).

Fin décembre, des heurts à Marrakech ayant pour point de départ une manifestation contre les prix de l'eau et de l'électricité sont venus rappeler la sensibilité du sujet.

"Pas d'autres choix"

Réformer la caisse de compensation, "c'est accepter un prix social d'abord, qui se transformera en prix politique ensuite", résume Baudouin Dupret, directeur du centre Jacques Berque à Rabat.

Mais "ils n'ont pas d'autre choix, ça n'est pas tenable", ajoute M. Dupret, selon qui la principale question est l'ampleur de la réforme proposée.

Plusieurs scénarios ont, il y a peu, été remis par le ministre de tutelle Nabil Boulif au chef du gouvernement, et tous les modèles ont pour socle un ciblage des populations défavorisées, via des aides directes, en contre-partie de la fin du système actuel, indique un connaisseur du dossier.

Contacté sans succès par l'AFP, M. Boulif a en personne qualifié dans la presse de "pierre angulaire" ce "ciblage", et évoqué une mise en oeuvre progressive.

Le PJD, dont le succès historique aux législatives de 2011 dans le contexte du Printemps arabe, avait soulevé un vent d'espoir, peut-il sortir indemne de cette réforme, sur fond de situation économique morose?

"C'est un sujet test pour eux", reconnaît une source diplomatique.

Mais si "la marge de manoeuvre est réduite", le politologue Mohamed Madani rappelle les résultats en octobre dernier de législatives partielles à Tanger et Marrakech.

Malgré une première augmentation de l'essence quelques mois plus tôt, le PJD avait "raflé la mise", note-t-il.

En compensant la hausse des prix par un "chèque" aux couches les plus défavorisées, le gouvernement soignerait en outre le "coeur de son électorat".

"Politiquement, s'ils ne mettent pas l'économie du pays à terre, ils peuvent même en sortir gagnants", conclut-on sous couvert d'anonymat.

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