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02/01/2013 à 19:12
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Centrafrique: Damara, ville fantôme abandonnée par ses habitants Centrafrique: Damara, ville fantôme abandonnée par ses habitants © AFP

Damara, "la ligne rouge" à 75 kilomètres au nord de Bangui que ne doit pas franchir la rébellion centrafricaine, ressemble à une ville fantôme, la plupart de ses habitants ayant fui en brousse par crainte des exactions des rebelles comme des soldats tchadiens censés les protéger.

Les 400 militaires venus du Tchad, ainsi que les 360 soldats gabonais, camerounais et congolais dont le déploiement est prévu prochainement dans la zone, doivent former un cordon d'interposition entre les rebelles et l'armée centrafricaine.

Mais "on a peur des soldats tchadiens comme des rebelles" centrafricains, affirme un vendeur de cigarettes de 26 ans, Anicet Dimanche. "Ils volent, ils mangent ce qui est à nous. Ils veulent des femmes".

"Ils m'ont volé deux cartouches", ajoute le jeune père promenant sur ses épaules son fils de 18 mois. Sa femme est restée en brousse.

La plupart des maisons - plutôt des cases au toit de tôle ou de paille et au sol en terre - sont vides. Parfois, un cadenas facile à briser barre la porte.

Officiellement peuplée de 38. 000 habitants, Damara ressemble plutôt à un village. Elle a été abandonnée par ses habitants il y a six jours, au moment de l'annonce de l'arrivée des rebelles de la coalition du Séléka. Mais quelques uns reviennent chaque jour en ville pour prendre des nouvelles.

"Si ça continue, la forêt va être jonchée de cadavres. On dort dehors, sans médicaments. Pour manger, on déterre des ignames", raconte un cultivateur d'une trentaine d'années, Philippe Pakati. "Nous vivons dehors comme nos ancêtres, comme des animaux. On est parti en ne prenant que de quoi dormir, des assiettes, une marmite et de quoi déterrer" les tubercules utilisées pour l'alimentation, explique-t-il.

L'homme accorde toutefois un peu de crédit aux soldats tchadiens: "Pour le moment, ils achètent les cabris et les poulets pour manger. Si on voit qu'ils nous respectent, on reviendra", dit-il.

Damara est le dernier verrou sur la route de la capitale Bangui pour les rebelles, qui ont conquis en trois semaines la majeure partie de la Centrafrique. Actuellement les rebelles sont à Sibut, un peu de 100 km plus au nord.

Le commandant de la force africaine d'interposition, le général Jean-Félix Akaga, les a averti mercredi que toute avancée vers Damara serait considérée comme "une déclaration de guerre".

De son côté, le général tchadien Abdoulaye Issaka Sawa se veut rassurant envers les Centrafricains: "Nous sommes là pour les sécuriser. Nous respectons les lois militaires et nous sommes de bons croyants (musulmans). On ne s'en prend jamais aux populations", assure-t-il à l'AFP, à Damara.

Ce qui ne convainc pas de nombreux habitants. "On a mis nos femmes à l'abri. Quand ils s'en iront, on ira les chercher", dit Auguste Monjou, pêcheur dans les eaux d'une rivière longeant la ville.

Au bord de la route, une femme porte un enfant dans le dos, un ballot sur la tête. Veuve depuis un an, elle vient de parcourir une dizaine de kilomètres à pied depuis son village voisin, accompagnée d'une vieille femme et de trois autres enfants âgés de 4 à 8 ans. Des gens lui ont dit avoir vu des rebelles. "J'ai eu peur. J'ai préféré partir. J'ai de la famille à Bangui", dit-elle.

Elle transporte "du linge, quelques affaires et un sac de manioc", espère bénéficier d'un transport en voiture sur la route sans avoir d'argent pour payer. En attendant, elle marche avec sa famille, sous une chaleur accablante.

Un collégien de Damarra, Saint-Emile Dengue Dengue, s'attend à ne pas aller à l'école durant plusieurs jours, parce que "la majorité des enseignants ont fui".

Augustine Yassipo, cultivatrice et mère de 12 enfants, est l'une des rares femmes visibles dans la ville. Elle vend des galettes de poisson à 100 francs CFA (15 centimes d'euros) et préfère ne pas s'approcher des Tchadiens: "S'ils les voient, ils prendront tout sans payer. Je vais essayer de les vendre aux FACA (forces armées centrafricaines). Eux, ils ne violent pas", assure-t-elle.

L'armée centrafricaine, défaite après chaque accrochage avec les rebelles, est présente à proximité.

"Plus ça se prolonge, plus nous avons peur. Cela fait six jours qu'on dort dehors par terre, sans rien. Nous, on veut la paix", ajoute Augustine. Avant le coucher du soleil, elle s'en ira rejoindre sa famille et passer une nouvelle nuit en brousse.

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