Le chef de la junte guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, est fortement soupçonné d'avoir "participé à la décision" qui a conduit au massacre du 28 septembre dans le stade de Conakry, a déclaré mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
"Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on soupçonne fortement le président intérimaire d'avoir (. . . ) participé à la décision" de la répression sanglante d'une "manifestation de l'opposition destinée à s'élever contre sa candidature éventuelle" à une future élection présidentielle, a dit le ministre français.
Ce scrutin "serait organisé soit à la fin de l'année soit au début de l'année prochaine", a-t-il précisé lors d'une audition devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
"Est-ce que le capitaine Dadis est responsable ou non de cette intervention sauvage de l'armée guinéenne dans le stade où manifestait l'opposition (. . . ), c'est très difficile de répondre à cela, parce qu'évidemment il s'en défend et que tout le monde s'en défend", a-t-il ajouté.
La répression de la manifestation que le ministre a qualifiée de "proprement horrible, épouvantable", a fait plus de 150 morts, selon l'ONU.
Idrissa Cherif, conseiller du chef de la junte guinéenne, a aussitôt accusé Bernard Kouchner de faire "du lynchage politique et médiatique". Il a appelé le président Nicolas Sarkozy à obliger son ministre à "la retenue", lors d'un entretien avec la chaîne de télévision France 24.
"Pourtant, ce sont des bérets rouges, des forces qui entourent l'auteur du coup d'Etat" qui ont perpétré le massacre, a relevé Bernard Kouchner. Il a remarqué que le capitaine Dadis Camara "habite toujours dans un camp militaire" dans la banlieue de la capitale "et pas au palais" de la présidence. Il "est toujours entouré de ces forces militaires-là , composées en particulier de +forestiers+ qui ont été renforcés, dit-on, par des troupes venues du Libéria, d'anciens mercenaires", a indiqué le ministre.
M. Kouchner a souligné le rôle clé du président burkinabé Blaise Compaoré qui mène une médiation au nom de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao): "Nous ne pouvons que les appuyer", a-t-il noté, en soulignant que l'époque coloniale "était finie".
Ce que M. Compaore cherche à faire, "c'est éventuellement d'avoir un accord avec une partie de l'armée pour ne pas autoriser M. Dadis Camara à continuer à être le président, à diriger cette armée", a-t-il dit.
L'opposition guinéenne a exigé mardi, comme préalable au dialogue avec les militaires putschistes, le départ de Moussa Dadis Camara, et l'arrestation des responsables de la répression sanglante.
Paris, ancienne puissance coloniale, a apporté un soutien implicite à cette approche. Interrogée lors d'un point presse, la porte-parole adjointe du Quai d'Orsay, Christine Fages, a souligné qu'il "ne peut y avoir de transition en Guinée sans un consensus avec les partis politiques et la société civile guinéenne qui doivent en déterminer les conditions".
M. Kouchner a critiqué le manque de mobilisation de la communauté internationale: "les réactions (. . . ) ne sont pas à la hauteur de ce massacre. Hélas il y a une espèce d'indifférence", a-t-il dit, en regrettant que la question guinéenne, "étant une affaire interne", "ne peut être inscrite à l'ordre du jour du Conseil de sécurité" de l'ONU.
"Nous avons renseigné les membres du Conseil de sécurité, peu étaient au courant", a-t-il déploré.
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