03/09/2009 à 12h:30 | AFP
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mondial 2010: la qualification pour le Mondial, enjeu politique au Cameroun Mondial 2010: la qualification pour le Mondial, enjeu politique au Cameroun © AFP

La qualification pour le Mondial-2010 du Cameroun, bien mal parti dans son groupe des éliminatoires, est devenue une affaire d'Etat dans un pays où le football est au centre des préoccupations.

"Il y a une forte mobilisation autour de l'équipe nationale en ce moment parce que le président de la République Paul Biya accorde un grand intérêt à sa participation à la Coupe du monde", affirme sous couvert d?anonymat un responsable du ministère des Sports.

Après un début de campagne catastrophique (une défaite, un nul et la dernière place du groupe derrière le Gabon, le Togo, le Maroc), un Comité de stratégie a été créé, le président s?est personnellement impliqué dans le recrutement du Français Paul Le Guen, ancien champion de France avec Lyon notamment, appelé à la rescousse fin juillet pour tenter de sauver les meubles. La victoire est impérative samedi à Libreville contre le Gabon, leader du groupe.

Jamais l'arrivée d?un nouveau sélectionneur n?avait suscité une telle mobilisation au Cameroun. Autorités sportives, anciens ministres des Sports, ex-capitaines des Lions indomptables et supporters se sont rendus en masse le 27 juillet au Palais des Sports de Yaoundé pour participer aux cérémonies de signature du contrat et d?installation du nouveau coach. Plus de 100 millions de FCFA (152. 000 euros) ont été dépensés pour l'opération, selon la presse camerounaise. . .

L?homme-lion, comme on surnomme souvent Paul Biya, n?a pourtant pas la réputation d?être fan de foot. . .

Loin d?être sportif, l'enjeu est avant tout politique, estime Claude Abé, sociologue et enseignant d?université. La qualification apporterait "du crédit au président Biya, ainsi qu?aux autres membres de l?appareil gouvernant eu égard aux échéances politiques qui pointent à l?horizon".

Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya a fait modifier la constitution afin de se représenter aux présidentielles de 2011. Il devrait briguer un nouveau mandat comme le souhaitent ses fidèles mais il attend le moment idéal pour officialiser sa candidature. Une annonce couplée avec une qualification des Lions pour le Mondial serait la bienvenue, selon M. Abé.

Au Cameroun, les victoires sportives sont utilisées comme "un outil de marketing politique" et "servent à régler les tensions sociales et politiques", affirme le sociologue dans un pays où chaque match de l'équipe nationale est un événement majeur et où même un match en club de l'idole national Samuel Eto?o draine des millions de téléspectateurs.

Les autorités en sont bien conscientes et en profitent quelquefois pour faire passer des mesures impopulaires: le soir de la qualification du Cameroun pour la finale de la Coupe d?Afrique des nations-2008 au Ghana, elles avaient par exemple augmenté le prix de l?essence à la pompe.

Dans ses discours, Paul Biya présente très souvent les joueurs de l?équipe nationale comme des exemples à suivre. Quand ces derniers remportent un trophée, il les reçoit systématiquement dans son somptueux palais d?Etoudi à Yaoundé, en compagnie de son épouse Chantal qui n'hésite alors pas à arborer les couleurs vert-rouge-jaune du drapeau national sur ses ongles. . .

M. Abé note toutefois que le président Biya est "ingrat avec le football : le foot lui a tout donné mais il ne lui a rien donné en retour". En 27 ans de pouvoir marqués notamment par quatre victoires du Cameroun en Coupe d?Afrique des nations (CAN) ou un quart de finale de Coupe du Monde, il n?a fait construire aucun stade de football dans son pays.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Dernière Minute

Toutes les dépèches