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DossierLe Burundi sur la voie de l'ouverture

27/09/2013 à 15:51
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Dans le bureau d'Issa Ngendakumana, à Bujumbura, le 10 juillet. Dans le bureau d'Issa Ngendakumana, à Bujumbura, le 10 juillet. © Martina Bacigalupo pour J.A.

Améliorer les relations entre les usagers et l'administration, assainir la fonction publique, lutter contre les malversations... La tâche du ministre de la Bonne Gouvernance et de la Privatisation, 'Issa Ngendakumana, est aussi immense que multiforme.

Formé à l'université du Burundi et à l'université catholique de Louvain (Belgique), Issa Ngendakumana, 54 ans, a été nommé ministre de la Bonne Gouvernance et de la Privatisation en février 2012. Il pilote la Stratégie nationale de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption 2011-2015, pilier de la Vision Burundi 2025 et du Cadre stratégique de croissance et de lutte contre la pauvreté. Membre du gouvernement de 1994 à 1996 (il fut notamment ministre des Droits de l'homme et des Réfugiés), il a été député de la Communauté d'Afrique de l'Est de 2008 à sa nomination au ministère.

>> Lire aussi : Burundi : un dirigeant dénonce la corruption au sein du parti présidentiel

Jeune Afrique : Quelle est l'incidence de l'action de votre ministère sur la vie quotidienne des Burundais ?

Issa Ngendakumana : Ce ministère existe depuis 2011. Il est l'émanation des négociations interburundaises qui ont abouti, en 2000, aux accords d'Arusha. Le pays avait touché le fond à cause d'une mauvaise gouvernance. Certains Burundais n'hésitent pas à se demander à quoi sert réellement ce ministère fourre-tout, transversal. Je reçois des plaintes et des doléances de la part de citoyens qui se sentent lésés. Nous voulons améliorer les relations entre l'administration et les usagers. Pour certains dossiers, nous travaillons en collaboration avec les services de l'ombudsman ou la Commission nationale indépendante des droits de l'homme. Fin 2011, un document sur notre stratégie en matière de bonne gouvernance a été rendu public.

Vous devez faire en sorte que le gouvernement et l'administration travaillent bien, en respectant les droits des citoyens. Avez-vous le sentiment d'être compris ?

Le concept de bonne gouvernance est nouveau au Burundi. Mais il faut que ses principes soient observés par tous pour l'harmonie de la société. Je ne crois pas être toujours compris. Il y a des résistances, et il arrive que je m'attire des inimitiés. Pourtant, nous devons changer notre comportement et notre vision du monde.

Pour obtenir des résultats, quelle est votre méthode : la fermeté, la pédagogie ou la souplesse ?

C'est un mélange des trois. Le plus important, c'est de commencer par écouter et observer. Lorsqu'on est sûr qu'une situation est bien circonscrite, on peut alors agir avec fermeté, par exemple dans des cas de corruption. En cas de litige administratif, il faut prendre le temps de sensibiliser les usagers, leur faire comprendre la gravité de la démarche judiciaire. Et même dans les affaires de corruption, on ne peut pas compter uniquement sur le bâton. Nous organisons donc des ateliers, des séminaires, des campagnes dans les médias pour faire comprendre que les malversations économiques et la corruption sont des fléaux sociaux.

À en croire la société civile, il y a trop de corruption au Burundi. Êtes-vous d'accord avec cette analyse ?

À mon avis, ce n'est pas un phénomène nouveau. Il a existé dès l'époque de la royauté comme après l'indépendance, dans tous les régimes qui se sont succédé. On se rendait compte qu'il y avait de la corruption seulement quand un scandale éclatait. Mais aujourd'hui, et en particulier grâce à la prolifération des médias, rien ne passe inaperçu. La liberté d'expression permet de dénoncer la corruption. C'est une bonne chose que les gens en parlent. Quant à dire s'il y en a trop... Je ne sais pas.

Qu'avez-vous mis en place pour la ­combattre ?

Nous disposons d'une brigade anticorruption, qui est une police spécialisée dotée d'une compétence nationale, et d'une cour anticorruption. Par ailleurs, une inspection générale de l'État procède à des vérifications au sein de l'administration publique. Enfin, la Cour des comptes aide beaucoup le Parlement dans sa mission de supervision de l'action du gouvernement. Tout cela est dissuasif.

Y a-t-il des intouchables dans votre pays ?

Je n'en connais pas. Je connais plutôt des personnes jadis haut placées, qui, aujourd'hui, purgent des peines pour des faits de corruption. Mais chez nous, les rumeurs circulent très vite. Les gens vous diront toujours qu'Untel a fait ceci ou cela, sans qu'il y ait la moindre preuve. Lorsqu'on est dans un État de droit, on doit fonctionner selon des règles juridiques. Nous avons cependant constaté que, dans notre arsenal anticorruption, rien n'est prévu contre l'enrichissement illicite. Nous allons y remédier afin que nos lois en la matière soient conformes aux normes internationales.

Peut-on dire, pour autant, qu'à travers votre travail un Burundi nouveau est en train de naître ?

Le pays revient de loin. Force est de constater que, pour ce qui est de la paix et de la sécurité, le Burundi a fait un grand bond en avant. En dehors de certains cas de banditisme et de règlements de comptes politiques, on peut circuler jour et nuit sans problème. En 2005 et en 2010, des élections ont été organisées. Elles se sont bien déroulées, malgré quelques couacs. Au niveau de l'administration publique, nous mettons en oeuvre un programme national de réforme. L'objectif est d'assainir la fonction publique afin que les agents soient au service des citoyens. C'est, en réalité, une véritable réforme de l'État. Pour assainir les finances, nous avons créé l'Office burundais des recettes, qui a remplacé les multiples services qui existaient. Tout ceci contribue à la réduction des malversations et de la corruption, et ainsi la situation s'améliore.

Vous vous occupez également des privatisations. Dans beaucoup de pays du continent, l'expérience montre que les actions menées dans ce domaine sur injonction de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international n'ont pas été couronnées de succès. Le Burundi fera-t-il mieux ?

La privatisation a connu des fortunes diverses, c'est vrai. Même dans certains pays développés, il y a eu des échecs. Mais on ne peut pas dire qu'elle a systématiquement échoué en Afrique. Je trouve que le Burundi a été prudent. Les responsables politiques se montrent frileux quand il faut décider. Ils hésitent beaucoup.

>> Lire aussi : Renaissance Capital, architecte de la privatisation d'Onatel Burundi

Que privatisez-vous ?

Nous avons déjà privatisé la filière café. La privatisation de certaines infrastructures hôtelières est en cours. D'autres secteurs sont également concernés, selon un programme bien défini. Mais il a d'abord fallu mettre en place un cadre légal. L'ancienne loi sur les privatisations a été revue l'année dernière. J'ai déposé le projet de loi au Parlement et nous en avons longuement discuté. Cette loi permettra de lancer les opérations de privatisation. C'est une question abordée avec beaucoup de sérieux. Il y a des filières dans l'agriculture, par exemple, qui ne peuvent pas vivre si elles ne sont pas privatisées. Pour être précis, nous ouvrons ces filières à des capitaux privés en vue de créer des sociétés mixtes.

Pourquoi cette option ?

Pour améliorer la gestion. Actuellement, étant donné que les responsables de ces entreprises sont nommés par des autorités politiques, le clientélisme s'instaure très vite, au détriment d'une gestion saine. Ces sociétés deviennent de petites fonctions publiques. Mais l'essentiel est que, qu'elle soit étatique, privée ou mixte, une entreprise doit dégager des bénéfices. Dans le fonctionnement normal d'une économie, l'État doit se désengager là où le privé peut faire mieux que lui. à ce sujet, en ce qui concerne le climat des affaires, le Burundi a progressé de treize places dans le dernier classement "Doing Business" de la Banque mondiale.

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