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DossierRDC : Mbote changement ?

16/10/2012 à 16:17
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Étienne Tshisekedi n’a toujours pas reconnu les résultats des élections. Étienne Tshisekedi n’a toujours pas reconnu les résultats des élections. © Junior Didi Kannah/AFP

Entre leaders aux abonnés absents et élus exclus de leur formation, la partition que jouent les partis de l'opposition depuis les scrutins de novembre 2011 en République démocratique du Congo (RDC) s'avère de plus en plus difficile.

La présidentielle et les législatives du 28 novembre 2011 ont donné lieu à de nombreuses et virulentes contestations qui continuent d'alimenter les conversations. Le fait le plus marquant de la présidentielle à un tour aura été l'incapacité de l'opposition à se mettre d'accord pour présenter un seul candidat. La guerre des ego entre les Tshisekedi, Kamerhe et Kengo a en effet empêché tout dialogue constructif, donnant raison à ceux qui pensent que, dans cette opposition, chacun privilégie d'abord ses propres intérêts. Pis, cette difficulté des ténors de l'opposition à s'entendre a incité des observateurs à conclure que certains opposants amusaient la galerie et n'avaient aucune intention d'accéder au pouvoir, tandis que d'autres faisaient tout simplement le jeu de la majorité.

Parmi les candidats à la présidentielle, un discours a prévalu : celui, intransigeant, d'Étienne Tshisekedi wa Mulumba, dont la seule préoccupation aurait été le ralliement des autres à sa personne. « Tshisekedi, c'est le manichéisme absolu, commente l'un de ses anciens collaborateurs. Quand il ne trouve pas son compte, rien ne lui importe. Le consensus ayant été impossible à établir, les conditions de la défaite étaient réunies. »

Avant les élections, on a aussi vu le principal parti d'opposition d'alors, le Mouvement de libération du Congo (MLC), adopter une attitude étrange en décidant de présenter la candidature de son président, Jean-Pierre Bemba, pourtant détenu à La Haye. Cette posture a conduit au départ de François Muamba, son secrétaire général, qui s'attendait à défendre les couleurs du MLC. « Dans ce pays, ce qu'on appelle un parti politique ne se forme pas autour d'un projet de société, déplore-t-il. Tout tourne autour d'un homme, et les élans tribaux sont réels. Lorsque cet homme n'est plus en selle, la pérennité des regroupements politiques devient fragile. Il n'y a plus d'élément de soudure. »

Déchirement permanent

Les divisions et les déchirements au sein des formations politiques ne datent pas d'aujourd'hui. Elles remontent à l'époque coloniale, juste après que les Belges eurent autorisé les partis, en octobre 1958. La première scission touche le Mouvement national congolais (MNC), désormais représenté par deux tendances se réclamant toutes deux du nationalisme : le MNC-Lumumba et le MNC-Kalonji. Dans les années 1990, lors des travaux de la conférence nationale souveraine et des luttes intestines qui s'ensuivirent, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, fondée en 1982 par Tshisekedi et douze autres parlementaires), de loin la plus importante formation de l'opposition, se divisa en UDPS tendance Tshisekedi (se voulant « légitime ») et en UDPS-Kibassa Maliba.

Dissensions ou transhumances n’ont aucune base idéologique et résultent de sautes d’humeurs.

Quant à ceux qui s'étaient retrouvés, en 1998, dans la rébellion menée, avec le soutien du Rwanda, contre Laurent-Désiré Kabila - dénommée Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) -, ils n'ont pas non plus échappé aux démons de la division. Non seulement le mouvement éclate en plusieurs RCD, mais certains de ses membres se retrouvent dans les rangs du pouvoir.

Toutes ces dissensions et transhumances n'ont aucune base idéologique. Elles résultent de sautes d'humeur, de querelles personnelles ou d'un opportunisme motivé le plus souvent par des préoccupations matérielles. Le tout engendrant un climat de suspicion généralisé et permanent.

Sans idéal

L'avocat Pathy Joseph Lendo, candidat malheureux aux législatives de 2011 dans le camp de l'opposition, n'est pas tendre envers ses camarades. « Tout est biaisé dès le départ, dit-il. Les gens entrent en politique par accident, sans idéal. Et ils ne savent pas à quoi ils s'opposent, sinon à des individus. Le pouvoir en profite pour créer sa propre opposition. C'est pourquoi nous proposons une opposition "scientifique". »

Le député Martin Fayulu, coordonnateur de la plateforme Forces acquises au changement (FAC), a soutenu l'idée d'un candidat commun de l'opposition (en l'occurrence Tshisekedi) et voulait ratisser large à travers la Dynamique Tshisekedi président. Il constate que « l'opposition n'existe pas », tout en tenant à souligner qu'« on va trop loin en disant qu'elle ne peut pas se mettre d'accord » et qu'il a accepté de siéger à l'Assemblée nationale afin de « lutter de l'intérieur pour sortir le pays de la situation exécrable dans laquelle il se trouve et non pour gagner de l'argent, comme beaucoup le font ».

Pendant ce temps, les FAC, qui continuent de soutenir Tshisekedi, ont traversé une nouvelle crise interne en septembre (liée au comportement flou de certains de leurs membres). Quant à l'UDPS, devenue la première force d'opposition avec une quarantaine de députés, elle menace d'imploser, son chef s'obstinant à ne pas reconnaître les résultats officiels des élections et ayant implicitement banni ceux de ses membres élus qui ont accepté de siéger dans l'hémicycle, parmi lesquels l'un des vice-présidents de l'Assemblée nationale.

Sans (porte-)parole

L'autre problème de l'opposition est son incapacité à se choisir un porte-parole, comme le prévoit la loi. La fonction, toujours vacante, aurait dû revenir à Jean-Pierre Bemba ou à un membre du MLC, et, compte tenu du nombre de députés élus sous l'étiquette de l'UDPS, ce devait être le tour de Tshisekedi... mais l'« opposant historique » fonctionnant en dehors du système n'est pas intéressé. Quant à Samy Badibanga, autre membre de l'UDPS, il est en quasi-rupture avec son chef... Quid alors de Vital Kamerhe, ex-président de l'Assemblée et président de l'Union pour la nation congolaise (UNC) ? « Kabila n'en veut pas », lâche un membre de la majorité. Et le secrétaire général du MLC, Thomas Luhaka ? « Il serait accusé d'être instrumentalisé par le pouvoir », selon un observateur. Pour Martin Fayulu, « la question du porte-parole est un piège tendu par la majorité. Certains veulent occuper cette fonction uniquement pour jouir des privilèges qu'elle offre et créer des problèmes au sein de l'opposition. Il faut se méfier... » En attendant, l'opposition reste égale à elle-même. Atone.

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