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DossierMacky Sall peut-il changer le Sénégal ?

02/10/2012 à 13:01
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Macky Sall rejoint le palais présidentiel pour sa prestation de serment, le 2 avril 2012. Macky Sall rejoint le palais présidentiel pour sa prestation de serment, le 2 avril 2012. © Sipa

Un peu plus de six mois après son élection, le président sénégalais Macky Sall est attendu au tournant. Gouvernance irréprochable, relance économique, amélioration des conditions de vie... La population veut voir le pays changer rapidement, et en profondeur.

L'entourage du chef de l'État a beau clamer qu'il n'a jamais été question d'état de grâce depuis l'élection de Macky Sall, le 25 mars, les premiers mois de sa présidence ont été d'une rare tranquillité. Les Sénégalais semblaient s'être accordés pour lui laisser du temps. Ils lui ont donné une majorité confortable à l'Assemblée nationale à la suite des législatives du 1er juillet, avec 119 sièges sur 150. Les premières mesures prises par le gouvernement d'Abdoul Mbaye les avaient rassurés : subventions aux paysans (plus de 60 milliards de F CFA, soit environ 91,5 millions d'euros), baisse des prix des produits de première nécessité (entre - 5 % et - 15 % pour le riz, le sucre et le gaz), fin de la grève des enseignants, promesses d'une gouvernance plus sobre... Même les cieux lui étaient favorables. Alors que la pluviométrie avait été exécrable lors de la précédente saison agricole, provoquant une baisse record des productions, elle a été bien meilleure cette année.

Mais au mois d'août, les choses se sont gâtées. Il y a d'abord eu le retour des délestages, ceux-là mêmes qui ont définitivement fâché les Sénégalais avec Wade en 2011. Puis les prix du riz et du sucre ont à nouveau augmenté. Et le ciel s'en est mêlé. Les pluies abondantes ont provoqué des inondations dramatiques dans l'ensemble du pays. Le bilan est lourd : une quinzaine de victimes et les premières manifestations contre le régime.

« La rentrée sera difficile », convient-on dans l'entourage du président. « Les attentes des Sénégalais sont très fortes. Macky va faire face à la dure réalité du pouvoir, et je crains qu'il ne puisse tenir ses promesses », déplore Assane Dioma Ndiaye, coordonnateur de la Ligue sénégalaise des droits de l'homme. « Les gens ont l'impression qu'il n'y a pas eu de rupture », s'inquiète pour sa part Aïssata Tall Sall, la porte-parole du Parti socialiste, membre de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) qui soutient Macky Sall.

Pour Macky Sall, le devoir de justice est une priorité.

Préalable

À certains égards pourtant, la rupture est spectaculaire. Il est possible de l'illustrer par quelques cas emblématiques. Il y a l'affaire Hissène Habré, que le nouveau pouvoir a décidé de juger, rompant avec les tergiversations de Wade. Il y a aussi les retrouvailles avec la Gambie. Alors que les relations entre Wade et Yahya Jammeh ont oscillé entre le tiède et le très froid, Sall a envoyé un message fort en réservant à son voisin sa première visite à l'étranger. Résultat, le pont sur le fleuve Gambie, qui changera la vie des Casamançais, devrait enfin voir le jour dans quelques années. Un accord a été signé début août. Sur ce point, Sall reste cependant tributaire des coups de sang de son homologue gambien. L'exécution de deux Sénégalais condamnés à la peine de mort, fin août, a considérablement détérioré l'axe Dakar-Banjul.

Au titre des symboles, il y a aussi la suppression du Sénat et de la vice-présidence, deux institutions budgétivores et impopulaires créées par Wade, ou encore la chasse aux biens mal acquis, qui a donné lieu à un spectacle inédit d'anciens ministres et de patrons se succédant dans les locaux de la police judiciaire afin de répondre de leur fortune.

Pour Macky Sall, le devoir de justice est une priorité. « La bonne gouvernance, c'est l'élément fondamental de son programme. Nous estimons que c'est un préalable à toute politique efficace de développement », précise Aminata Touré, une proche du président, nommée à un ministère clé, celui de la Justice.

Le président sénégalais accueillant son homologue gambien Yahya Jammeh, le 3 mai à Dakar.

© AFP

Message

Le legs de Wade, en la matière, est épicé. Aminata Tall qui, en tant que secrétaire générale de la présidence, est chargée de faire le ménage, n'en revient toujours pas. L'étude des derniers mois de Wade à la présidence pourrait servir de base à la rédaction d'un précis des plus gros subterfuges pour financer une campagne électorale. On trouve de tout : des emplois plus ou moins fictifs attribués à des alliés politiques ; des licences (en télécommunications notamment) et des contrats accordés dans la plus grande opacité ; des augmentations de salaire impromptues au profit de certains corps stratégiques (les magistrats, les généraux de l'armée) ; des milliers d'hectares de terres et des centaines de véhicules donnés à des proches, des marabouts ou des hommes d'affaires ; des passeports diplomatiques distribués à la pelle, et notamment aux chefs religieux (on en comptait 3 000 en 2000, dix fois plus en 2012)... Toutes ces entorses à l'orthodoxie budgétaire ont pris fin, affirme Aminata Tall. Une soixantaine de structures paraétatiques jugées « inopportunes » ont été supprimées. Le nombre de membres du gouvernement a été limité à vingt-cinq (les ministres conseillers sont cependant légion).

Quant aux audits consacrés à la gestion des agences paraétatiques - dont certains, qui avaient été réalisés dès 2010, dormaient dans un placard -, ils ont révélé « de graves irrégularités » et des faits d'enrichissement illicite. Plusieurs hauts responsables ont été auditionnés. D'autres croupissent déjà en prison, comme Baïla Wane, l'ancien directeur général de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase). Et ce n'est pas fini, annonce Aminata Touré, la garde des Sceaux. Plusieurs dossiers ont d'ores et déjà été transmis à la Cour de répression de l'enrichissement illicite, une structure en sommeil depuis vingt ans que le nouveau pouvoir a réactivée et qu'il veut transformer en cour de répression des crimes économiques et financiers. « C'est un message adressé aux Sénégalais, mais aussi aux gestionnaires actuels : l'impunité, c'est fini », résume un membre du cabinet du président.

L'attente

Mais à tout cela, la grande majorité des Sénégalais ne prête guère attention, hormis un petit noyau de Dakarois. « Ce qu'ils attendent, c'est que les prix baissent, que les fonctionnaires soient à leur bureau à l'heure, que leur quotidien s'améliore », souligne Aïssata Tall Sall. Le bitume, ça ne se mange pas, a-t-on l'habitude de dire dans les pays en développement. Les audits non plus. Ils ont même tendance à effrayer les investisseurs, note l'un d'eux, un riche homme d'affaires ouest-africain, qui rappelle que « l'argent n'aime pas le bruit ».

Le temps des réformes structurelles ne devra donc pas tarder. Il s'agira de désenclaver le monde rural (l'axe majeur de sa campagne), de créer de l'emploi (Sall a promis 500 000 postes en sept ans) et de pérenniser la baisse des prix. Faute de quoi le discours de la nouvelle opposition, qui parle de « poudre aux yeux » et dénonce « une chasse aux sorcières infondée », sera à nouveau audible. « L'attente des Sénégalais est extrêmement forte », alerte Fadel Barro, le porte-parole du mouvement « Y'en a marre ». Le gouvernement le sait. S'il n'y a pas, rapidement, des avancées concrètes, les citoyens ne tarderont pas à se rappeler à son bon souvenir et à laisser à nouveau exploser leur mécontentement.

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